« Corrida », 1923
Sculpture en bronze à patine vert foncé.
Signée dans le bronze. Cachet de fonderie Robecchi, Paris (fondeur ayant également travaillé pour Troubetzkoy, Picasso ou Sandoz).
Fonte à la cire perdue.
L. 28 cm × l. 10 cm × h. 31 cm.
L’âme des formes : entre l’héritage de Rodin et la pureté moderne
L’histoire d’Agop Gurdjan commence dans les paysages escarpés de Chouchi, à la fin du XIXᵉ siècle. Rien ne prédestinait ce fils de marchand à devenir l’un des sculpteurs les plus prolifiques de la diaspora arménienne, si ce n’est un attrait irrépressible pour le travail de la pierre. Après une première formation à Moscou, il arrive à Paris en 1914, attiré par l’aura d’un géant qui allait transformer son destin : Auguste Rodin.
En fréquentant l’atelier du maître, Gurdjan assimile une leçon fondamentale : la sculpture n’est pas une simple copie du réel, mais la saisie de la vie intérieure par le mouvement. De Rodin, il apprend la science des profils, l’importance de la lumière, et l’art de faire jaillir l’émotion de la masse brute. Ses premiers portraits, marqués par une rare intensité psychologique, portent l'empreinte de Rodin, où chaque coup de burin vibre d’une tension dramatique.
Mais Gurdjan est un explorateur plus qu’un simple successeur. S’il conserve le sens du sacré et la puissance organique de Rodin, il s’oriente progressivement vers l’élégance nouvelle des Années folles. C’est dans cette phase de transition qu’il réalise son chef-d’œuvre: « La Corrida ».
Dans cette sculpture, l’enseignement de Rodin sur la vitalité musculaire rencontre la rigueur de l’Art Déco. Gurdjan traite le duel entre l’homme et l’animal comme une synthèse géométrique. Le mouvement du taureau est condensé en courbes puissantes et tendues, tandis que le matador devient une silhouette stylisée, presque architecturale. Il ne cherche plus la chair tourmentée chère à son maître, mais une fluidité absolue. La force devient ligne ; la lutte devient danse.
Cette maîtrise fait de lui un virtuose de la simplification. Ses animaux et ses athlètes deviennent des modèles de dynamisme, où la lumière — outil maitrisé grâce à Rodin — ne se perd plus dans des surfaces texturées, mais glisse sur des plans lisses et audacieux. Travailleur infatigable, il s’éteint à Boulogne-Billancourt en 1948, laissant derrière lui un pont indestructible entre la puissance sauvage du Caucase, le souffle lyrique de Rodin et la sophistication géométrique du Paris moderne.

































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