Comme toute œuvre de l'avant-garde du début du XXe siècle, ce tableau de Pierre Girieud saisit par son audace tranquille. Un narguilé, isolé contre un fond rouge garance monochrome, ne devrait pas posséder une telle autorité plastique — et pourtant, il commande le regard.
Ami proche de Kandinsky et l’un des premiers Français à embrasser l’Expressionisme allemand, Girieud fut une figure pivot de la modernité. À l'instar de son mentor spirituel Paul Gauguin, il ne cherchait pas à copier le réel, mais à traduire des sensations pures par la couleur et la forme.
Peinte en 1922, cette œuvre s'inscrit dans la période de "Retour à l'Ordre" de l'artiste après le traumatisme de la Grande Guerre. On y retrouve une rigueur de structure et une douceur chromatique typiques de son virage néoclassique.
Cette année-là, Girieud expose sa composition majeure, "Une Après-midi orientale", au Musée des Beaux-Arts de Saint-Étienne, aux côtés de maîtres tels que Matisse, Bonnard, Derain et Vuillard. Notre narguilé est un témoignage direct de cette fascination pour l'Orient qui habitait l'artiste en 1922. Une étude préparatoire d'une mandoline, de dimensions et de cadre identiques, confirme que ce narguilé faisait partie d'un ensemble de recherches esthétiques pour ses grandes compositions orientalistes.
Provenant de la collection de Jeanne Girieud, fille de l'artiste, l'oeuvre est présentée dans son cadre d'origine. Elle est répertoriée au catalogue raisonné de l'artiste, accessible en ligne.































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