France, début XXᵉ siècle
Plâtre moulé d’après l’original conservé au musée de Port-Royal
Très bel exemplaire, surface fine, patine douce et homogène. Très bon état.
Masque mortuaire de Blaise Pascal (1623–1662), l’un des plus grands esprits du Grand Siècle : mathématicien, physicien, inventeur, philosophe et théologien. Réalisé à partir du moulage original exécuté sur son lit de mort, il restitue avec intensité la physionomie du grand homme que fut Pascal
Cette image posthume devint très tôt l’effigie officielle de Pascal.
Sa sœur, Gilberte Périer, dans la Vie de M. Pascal (1684), donne la seule description connue presque contemporaine de son illustre frère:
« Il avait un visage où paraissait une modestie et une douceur singulière, quoique sa santé lui eût donné une pâleur continuelle. »
Fait remarquable, aucun portrait de Blaise Pascal exécuté de son vivant n’est connu. Toutes les effigies postérieures — tableaux, gravures, bustes ou sculptures — dérivent de cette image issue de son masque mortuaire, seul témoignage authentique de ses traits véritables.
Après une longue éclipse, le masque réapparut à la fin du XVIIIᵉ siècle dans la collection du graveur Benjamin Duvivier, avant de passer à l’abbé Soucley, à Noël Ravisé (Société Saint-Augustin), puis à Augustin Gazier, bibliothécaire de Port-Royal. C’est vers les années 1880 qu’il fut véritablement redécouvert et reproduit pour le public cultivé, entrant dès lors dans les collections patrimoniales et muséales.
« Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l’éternité précédente et suivante, le petit espace que je remplis, et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie, et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car il n’y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis ? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps m’a-t-il été destiné ?
Memoria hospitis unius diei praetereuntis. »
— Blaise Pascal, Pensées, fragment 72 (éd. Brunschvicg).
Dans Pascal et Port Royal (éditions Fayard 1962) écoutons ce que nous dit Daniel Rops du masque de Pascal:"Lorsque je considère le masque mortuaire de Pascal, il me semble retrouver, exprimée par cette image bouleversante, l'impression de présence, de proximité fraternelle dont s'émouvait mon cœur d'adolescent. Nous aurons tant contemplé cette face que les moindres détails en resteront gravés dans notre mémoire, plus accentués, plus ineffaçables que ceux de bien des êtres qui nous sont familiers. Se peut-il que ce beau visage depuis trois siècles se soit dissous dans l'ombre, que ces traits qui semblent à peine ensommeillés soient figés dans un autre sommeil ?
L'asymétrie qui s'y marque et que la photographie des deux profils souligne est si évidente que le sens aussitôt s'en impose. La partie gauche est celle de l'inquiétude, la figure charnelle d'une âme pour qui la chair était une prison. C'est l'image d'un drame, le refet de cette bataille qui dura autant que lui et dont la mort elle-même n'a pas réussi à atténuer l'intensité. Face « agonique », dirait Miguel de Unamuno, où éclate la condition tragique de l'homme qui n'accepte pas que la vie soit une absurde énigme et qui tend, de toutes ses forces, vers le pourquoi et le comment.
L'autre partie, celle de droite, avec ses lèvres serrées, sa grande joue plate, semble tendue vers la certitude. Elle est prête, cette bouche qui vient de se clore, à formuler un argument, à confondre un adversaire, et cette paupière lourde, sur quel abîme va-t-elle s'ouvrir ? C'est le visage des convictions volontaires, de cette rigueur qu'il faut s'imposer à soi-même pour ne pas s'effondrer dans le désordre et le vain tourment. Peut-être est-ce l'expression de l'ascèse la plus difficile, d'une sainteté qui s'est détachée de la terre, après en avoir tout pris de ce qui pouvait la porter là où elle est. C'est le modèle et c'est le jugement.
Mais quand je le regarde de face, ce masque me parle autrement. Le dépouillement de la maladie et de la mort semble avoir réduit à l'essentiel ces traits d'une parfaite harmonie. Un demi-sourire flotte sur ses lèvres, et l'on dirait que, derrière les paupières, le regard intérieur considère, entin totale, une vérité que nous devinons. « Certitude, joie — pleuts de joie... » Les mots hâtifs du Mémorial se pressent, du fond de notre sme, ela préme leçon que ce visage serein nous enseigne, qu'est-elle? sinon celle d'une miraculeuse confiance au sein d'un complet abandon".




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