Petite croix de piété domestique, entièrement fondue en plomb, d’un seul jet, dans un moule sans reprise. La structure, légèrement irrégulière, trahit un travail d’atelier villageois, selon un procédé archaïque de coulée directe à deux valves. Le métal présente une patine dense, grise, à cassure mate, marquée de fines craquelures et de cet aspect gras propre au plomb ancien.
Le Christ, au modelé fruste, se dresse dans une verticalité rigide, sans torsion du buste ni mouvement des hanches. Les bras, écartés à angle droit, s’élèvent dans une position presque frontale, sans déséquilibre latéral. Cette disposition, où le corps se fond dans la ligne du fût, est caractéristique des crucifix de tradition gothique tardive, encore imprégnés du canon médiéval. Elle s’oppose au réalisme expressif des Christs du XVIIᵉ siècle, où le corps s’infléchit et s’affaisse sous le poids de la mort. Ici, tout demeure contenu, symbolique, hiératique. La figure du Crucifié n’est pas celle du supplicié mais celle du Rédempteur, dans une posture de gloire immobile — image d’un Christ triomphant, selon la théologie visuelle en usage jusqu’à la fin du XVe siècle. L’absence de couronne visible, la tête auréolée sans chute, confirment cette interprétation : le sculpteur ne représente pas la souffrance, mais la souveraineté du Verbe incarné.
Sur la traverse, des signes les instruments de la Passion, aujourd’hui partiellement effacés par le travail du temps – rythment la composition. Traits, cercles et croix simplifiées y forment un langage votif naïf, typique des expressions apotropaïques de la statuaire populaire.
Au bas du montant, la Vierge orante, mains jointes sous le voile, repose sur un croissant de lune. Cette disposition, d’une grande sobriété, reprend le thème de la Virgo in oratione — intercession de la Mère au pied du Sacrifice. Le croissant, symbole de pureté, inscrit la scène dans la théologie mariale de la fin du Moyen Âge.
Le socle, mouluré en gradins, est de même fonte. Il rattache la croix à la typologie des croix de table ou de prières privées, mais l’absence d’orifice de fixation laisse supposer qu’elle pouvait également être fichée dans un autel secondaire ou un dépôt votif.
Par sa simplicité de forme et la densité de sa matière, cette œuvre s’inscrit dans la continuité des crucifix de fonte médiévaux. Elle témoigne d’un langage plastique demeuré inchangé dans les ateliers du Massif Central jusqu’à la Renaissance : un art de foi immédiate, où la pauvreté du matériau devient signe d’humilité et de persistance spirituelle.
État : très belle patine ancienne, infimes usures d’usage, légère fêlure dans le plomb. Dimensions : hauteur 24 cm
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