Angleterre, fin du XVIᵉ siècle
MesuresChaque assiette : env. 13,5 cm de diamètre.Boîte : 15,8 cm de diamètre ; 5,8 cm de haut.
DescriptionEnsemble de douze assiettes peintes de l’époque élisabéthaine, dites « roundels », finement tournées dans du sycomore et conservées dans leur boîte circulaire d’origine. Chaque assiette est ornée de bordures florales et fruitières peintes et dorées entourant un vers moral ou « poesie » inscrit en caractères gothiques. Les surfaces conservent des traces de leur laque protectrice d’origine. La boîte en sycomore tournée d’origine est également préservée, le revers de son couvercle portant l’étiquette de collection d’Owen Evan-Thomas (no 534).
Les vers sont à la fois moralisateurs et humoristiques, reflétant les préoccupations contemporaines liées au mariage, à la fidélité, à la prospérité et à la fortune. Leur ton enjoué les inscrit pleinement dans la culture élisabéthaine de l’esprit et de la convivialité, où les objets de table remplissaient à la fois des fonctions décoratives et sociales.
Fonction et contexte culturelLes roundels, ou assiettes à fruits, apparaissent aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles et étaient généralement produits par séries de huit, douze ou vingt-quatre. Durant le banquet, elles étaient disposées face cachée sur la table et utilisées côté uni. À la fin du repas, lors du service des « banquetting stuffe » — dragées, pastillages, douceurs et vin épicé (hippocras) —, on les retournait pour révéler les inscriptions. Les convives lisaient ou chantaient alors les vers à haute voix, souvent accompagnés au luth, transformant ces objets en supports de divertissement et d’échange social.
Cette pratique est décrite par George Puttenham dans The Arte of English Poesie (1589) : « Nous les appelons Poesies et nous les peignons aujourd’hui sur le revers de nos assiettes à fruits de bois. » Des inventaires de la fin du XVIᵉ et du début du XVIIᵉ siècle mentionnent fréquemment de tels ensembles, attestant de leur popularité dans les milieux domestiques de l’élite.
Les “Poesies”Les vers suivants sont inscrits sur les assiettes, tels qu’ils sont catalogués dans Domestic Utensils of Wood d’Owen Evan-Thomas :
Provenance
Accompagné de copies de la facture et de la correspondance originales d’A.H. Isher & Son, vers 1945.
État de conservationLes assiettes sont en bon état général, avec une usure conforme à leur ancienneté. Aucune fente ; deux présentent de petites pertes sur les bords. La peinture est globalement bien conservée sur l’ensemble, avec quelques usures et manques mineurs ; la plupart conservent une grande partie de leur dorure et de leur polychromie d’origine, protégées par les surfaces laquées primitives. Le couvercle de la boîte a été restauré : le médaillon central, détaché à un moment donné, a été réparé avec grand soin et de manière très respectueuse.
Il convient de noter que la onzième assiette est un remplacement. L’originale, illustrée dans l’ouvrage d’Owen Evan-Thomas Domestic Utensils of Wood (1932), a manifestement disparu depuis la publication de ce livre. L’exemplaire actuel est toutefois une pièce d’époque, exactement du même atelier et de la même période, parfaitement assortie au reste du jeu sur les plans technique et stylistique. Sa poesie n’a pas encore été complètement déchiffrée, et le vers reproduit ci-dessus correspond à la version enregistrée par Owen Evan-Thomas. La liste complète des poesies provenant de son ouvrage a été conservée pour des raisons de cohérence.
Bibliographie
ImportanceCet ensemble se distingue non seulement par sa complétude et son remarquable état de conservation, mais aussi par la présence de sa boîte d’origine en sycomore, par sa provenance prestigieuse et par son illustration dans l’ouvrage de référence fondamental d’Owen Evan-Thomas. Associé à la documentation d’A.H. Isher & Son et à la descendance du Dr Thomson, il constitue un témoignage majeur de la culture domestique et littéraire de l’époque élisabéthaine.




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