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Lefteris Kanakakis - Nature Morte à La Tasse De Café - 1974 - Grèce - Huile Sur Toile

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Lefteris Kanakakis est né à Réthymnon en 1934.

En 1954, il entre à l’École des Beaux-Arts d’Athènes grâce à une bourse. Ses professeurs étaient Spyros Papaloukas et Yiannis Moralis. Il séjourne pour la première fois à Paris grâce à une bourse de la Fondation Mika Skouze (1960-1961). Plus tard, bénéficiant d’une bourse de la Fondation Nationale des Bourses, il s’inscrit à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de Maurice Brianchon (1963-1966). En 1968, il devient assistant dans la classe préparatoire de l’École des Beaux-Arts d’Athènes, poste qu’il quitte en 1978.

Il était membre de la Chambre des Beaux-Arts et membre fondateur du Centre des Beaux-Arts.

Jusqu’à la fin des années 1970, il peint principalement des natures mortes et des intérieurs. Certaines de ses compositions, notamment durant la dictature militaire en Grèce, expriment une critique politique directe des circonstances. Le grand tournant dans sa peinture s’observe vers 1980, lorsqu’il se consacre presque exclusivement aux nus féminins et aux portraits.

Il réalise sa première exposition personnelle à la Galerie Municipale de Réthymnon en 1960. À son retour de Paris, il expose à la Galerie Astor à Athènes en 1969. En 1974, ses œuvres sont présentées à la Galerie Zoumboulaki à Athènes et à la galerie « Kochlia » à Thessalonique. En 1977, la galerie « Ora » expose ses œuvres à Athènes ainsi qu’au Festival des Beaux-Arts de Réthymnon. En 1978, ses œuvres sont exposées à Héraklion (Galerie Stavrakaki), en 1980 à la galerie « Nees Morfes » à Athènes, et en 1982 à la Galerie d’Art de Héraklion. En 1983, une exposition rétrospective de ses œuvres est organisée à la Basilique Saint-Marc de Héraklion. Sa dernière exposition personnelle a lieu à la galerie « Nees Morfes » à Athènes en 1984.

Ses principales participations à des expositions collectives incluent :

  • 1969 : Sixième Biennale de Paris.
  • 1971 : L’art grec aujourd’hui, Upper Grosvenor Galleries, Londres.
  • 1976 : Panorama de la peinture grecque, 1950-1975, Galerie Nationale d’Athènes.
  • 1976 : Panorama de la peinture grecque des 25 dernières années, musée Am Ostwall à Dortmund.
  • 1985 : Courants contemporains de l’art grec moderne, Galerie Nationale d’Athènes.
  • 1985 : Souvenirs, Reconstructions, Recherches, Galerie Nationale.
  • 1986 : Exposition des professeurs de l’École des Beaux-Arts d’Athènes à Apopsi. Co-organisée dans le bâtiment de l’EAT/ESA.
    « Espace pictural - Théâtralité », à Palaio Faliro.

En novembre 1983, il reçoit le prix Kazantzakis de la municipalité de Héraklion.

Il a rédigé « La technique de l’huile », un manuel destiné aux étudiants de l’École des Beaux-Arts d’Athènes, une étude unique dans la bibliographie grecque.

Il est décédé le 2 janvier 1985, à une période particulièrement créative de sa vie.
Un an après sa mort (1986), la Galerie Nationale d’Athènes organise une grande exposition rétrospective de son œuvre.

En 1989, une Galerie Municipale est créée à Réthymnon et porte son nom. Elle contient un grand nombre de ses œuvres. La Galerie Municipale « L. Kanakakis » – Musée d’Art Contemporain de Crète – a été inaugurée et ouverte au public en 1992, sous la mairie de Dimitris Archontakis.


Son dessin s’efforçait de saisir les variations infimes de la lumière sur des surfaces courbes, de transformer l’espace irréel du papier blanc en ambiance naturelle de l’objet représenté, d’interpréter la rencontre critique entre espace et forme — ce que certains historiens ont identifié comme le cœur de la peinture cézannienne. Même pour un œil averti, cette persistance pouvait paraître paradoxale, jusqu’au jour où tout fit sens.
Les premières expositions de Kanakakis révélèrent un peintre mûr, sûr de sa technique, maître de ses moyens d’expression et, surtout, doté d’une vision artistique propre.

« Lefteris Kanakakis, plusieurs années après avoir terminé l’École des Beaux-Arts d’Athènes, et — plus significativement encore — après ses études post-universitaires à Paris, continuait à dessiner des formes sphériques avec l’obstination d’un Cézanne : des fruits, des œufs, etc.


"La peinture de Lefteris Kanakakis a toujours été figurative. Personne connaissant son parcours ne pourrait penser qu’il s’était simplement rallié à la tendance du retour à la figuration qui déferla sur l’Europe et l’Amérique à la même époque.
Kanakakis ne partageait d’ailleurs pas l’une des caractéristiques dominantes du réalisme européen ou du surréalisme américain, à savoir leur dépendance aux moyens mécaniques de reproduction de l’image.

L’artiste restait fidèle à la vision, ce sens que Platon considérait comme le plus noble, et que Léonard de Vinci glorifia. Il restait aussi fidèle aux techniques traditionnelles. Son médium de prédilection était la peinture à l’huile — comme en témoigne son œuvre, ainsi qu’un essai approfondi qu’il lui a consacré.

Les premières œuvres de Kanakakis sont presque exclusivement des "natures mortes", traduction approximative du terme par lequel les langues d’origine latine désignent la peinture d’objets inanimés. Le terme natura morta fut introduit en Italie au XVIIIe siècle, avec une nuance péjorative, par opposition à la “noble” natura vivente des académiciens. Les termes anglais still life et allemand Stilleben, d’origine plus ancienne et plus authentique, conviendraient mieux à la peinture de Kanakakis. En effet, au XVIIe siècle, aux Pays-Bas, ce genre désignait un "motif au repos », par opposition au modèle vivant, mouvant.

Un monde silencieux, peuplé d’objets rares, rigoureusement choisis : c’est ce que propose la nature morte de Kanakakis. Une simple table rectangulaire avec un objet unique. Une chaise viennoise aux lignes courbes. Des formes simples, géométriques.
Forme, couleur, texture : tels sont les moyens d’accès à cet univers fermé. La mise en page est simple, parfois d’une frontalité archaïque rappelant les bodegones espagnols du XVIIe siècle (Zurbaran, Velázquez).

L’espace est défini par les objets eux-mêmes. La surface de la toile est inviolable. Pas d’illusions d’optique. Tout est tangible. Les propriétés tactiles sont soulignées par un modelé fin des tons, qui évite les extrêmes (noir et blanc). La solitude des objets, leur disposition, leur angle de vue leur confèrent solidité, puissance et âme. Kanakakis choisit des objets porteurs d’histoire — la leur et celle d’un lien d’amour avec le peintre. De simples récipients en terre, empreints de la chaleur de la main qui les a façonnés. Objets anciens, patinés par le temps, sanctifiés par l’usage.

« Ce sont des objets », m’a confié le peintre lors d’un entretien, « que je voyais sans cesse ; qui étaient chez moi ; que j’avais vus ici ou là ; j’avais observé comment la lumière tombait sur eux, ce qu’elle produisait. »

Simples objets — pot, cruche — qui deviennent parfois monumentaux. Avec le temps, les habitants de ce monde se multiplient. Le peintre dirige une conversation plastique plus complexe, plus mûre. La forme géométrique, la table, un miroir ovale dialoguent avec un tissu de soie rayé, apparemment jeté négligemment sur une chaise. Mais le peintre ne trompe personne : tout est calculé.
Les motifs, le rythme, les textures : du brillant au pelucheux. Les couleurs vives, irisées, sont en attraction magnétique, en migration constante. Elles passent imperceptiblement d’un plan à l’autre. Une alchimie, une osmose secrète s’opèrent, avec la lumière pour catalyseur. Une lumière tissée à la couleur, qui régule l’espace, en réconcilie les objets. C’est une lumière sensible, tonale, lyrique, qui favorise les formes pures, platoniciennes, porteuses d’éternité.

Durant les années de la dictature grecque, le choix des objets dans ses natures mortes n’était pas dicté seulement par l’esthétique. Trompettes, casques, symboles profanés du patriotisme, puis drapeaux de révolte, rubans funéraires, vestes vides, chapeaux sinistres : tout cela forme le récit de l’angoisse. Preuve que la carapace du temps autre n’est pas inviolable. Ces “signes vils” ont trouvé leur chemin vers la nature morte. Mais le peintre “ermite” ne se rend pas, ne se jette pas dans la mêlée. Il transmute, évoque, commente avec subtilité. Son langage artistique reste le même, plus aigu peut-être, de colère et d’amertume. "

Marina Lambraki-Plaka
THE OTHER TIME AND THE PAINTING OF LEFTERIS KANAKAKIS
Professor of History of Art, Athens School of Fine Arts,Director of National Gallery, Museum Alexandros Soutsos


Bibliographie:

  • L. Kanakakis, L’art de la peinture à l’huile, (en grec) Athènes, 1981 (publié par
      l’École des Beaux-Arts d’Athènes, non destiné à la vente). Réédité en 2002 par le C.C.A.
      Disponible au C.C.A.

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