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Serie De Huit Tasses En Porcelaine De Paris Signé Rousseau

Serie De Huit Tasses En Porcelaine De Paris Signé Rousseau
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Description de l'antiquité :

"Serie De Huit Tasses En Porcelaine De Paris Signé Rousseau"
Exceptionnel et très rare partie de service à thé ou café, composé de huit tasses et huit soucoupes en porcelaine, à décor polychrome peint à la main dans le style japonisant de plantes, herbes,insectes,volatiles. Réhaussé de filet doré. Quelques petites usures à la dorure, mais bon état dans l’ensemble. Travail des manufactures Rousseau, 41 rue Coquillière à Paris, d’époque Napoléon III.
Tasses: H.:5cm/ Diam 8 cm. Soucoupes : 13,8 cm.

Bibliographie:

L’histoire du « service Rousseau » commence le 16 mars 1866, par la première lettre que François-Eugène Rousseau (1827-1890) adresse à Félix Bracquemond (1833-1914). Rousseau a alors le projet d’un service en faïence fine, avec ses idées de décors, et demande à Félix Bracquemond un simple conseil technique pour sa réalisation.

Rousseau était alors, dans les années 1860, un « marchand-éditeur » de céramiques, employant des ouvriers libres. Il tenait sa boutique de son père, Joseph Rousseau, qui l’avait racheté à la famille Picard Duban. Cette maison, fondée en 1753, fournissait au XIXe siècle en arts de la table les grands princes, notamment le duc de Berry et le duc d’Orléans, la haute société parisienne, et même le Garde-Meuble de la Couronne.

Bracquemond, apprenti lithographe, décorateur, puis graveur à l'eau-forte autodidacte, était un artiste engagé dans une réflexion théorique sur l’ornement et travaille notamment pour les industries d’art. Il est une figure incontournable de la vie artistique de la seconde moitié du XIXe siècle et figure d’ailleurs sur le célèbre tableau d’Henri Fantin-Latour, « Hommage à Delacroix », conservé au musée d’Orsay. Il participe à un courant de pensée qui visait à rattacher aux Beaux-Arts proprement dits la production des artistes créateurs d’objets. Il se rattache à la philosophie japonaise qui considère qu’un objet est une œuvre d’art. Il fut un ami proche de Manet, Degas, Chéret, Gauguin et Rodin, mais aussi de Gautier ou encore des frères Goncourt. Avant tout graveur, il est à l’origine du renouveau de la technique de l’eau-forte. Il guide ainsi de nombreux artistes dans cette voie, de Corot à Millet, sans oublier Degas et Pissarro, au sein du groupe impressionniste dont il est un membre actif. Sa renommée repose aussi sur sa découverte et son appréciation des estampes japonaises qui participeront au renouvellement esthétique de l’art moderne.
En 1856, il découvre un recueil des gravures du japonais Hokusai, typique du genre pictural connu au Japon sous le nom de « Kachô-ga », peinture de fleurs et oiseaux avec figuration d'insectes, crustacés et poissons. Il est séduit par ce thème qui fera de lui l'initiateur de la vogue du japonisme en France à la fin du XIXème siècle. Entre 1860 et 1864, il collabore avec Théodore Deck, ce qui lui permet de travailler sur la céramique dans le cadre des arts décoratifs.

Bien plus qu’un simple avis sur le choix technique de l’impression à l’aide de la gravure ou de la lithographie, Rousseau décide de faire travailler Bracquemond sur des projets de service de table. Bracquemond lui remet alors des planches dessinées et gravées par lui-même. Eugène Rousseau est séduit par ces projets et il passe commande Félix Braquemont réalise alors des dessins préparatoires, puis grave ses motifs sur des planches (comme pour les eaux fortes ordinaires). L’éditeur en tire des épreuves, et celles-ci, découpées selon les indications de l’artiste, sont posées sur les pièces à décorer. Les sujets japonais sont empruntés à différents albums d’Hokusai, Hiroshige, ou encore Katsushika Isai. Au genre pictural connu au Japon sous le nom de "Kachô-ga" (peinture de fleurs et volatiles avec figuration d'insectes, crustacés), Bracquemond y ajoute sa propre création. Ce sont ainsi environ 250 eaux fortes regroupées dans 28 planches commandées à Bracquemond qui sont utilisées pour le service Rousseau. Les différentes combinaisons possibles basées sur le rythme ternaire sont presque inépuisables. L’impression des dessins en noir et la mise en couleur, faite librement par les ouvriers, permet que chaque pièce soit unique.

Classé 17eme "porcelaines, faïences et poteries de luxe", n° 58. Il est installé sur des étagères Louis XIII en vieux chêne avec des gradins de velours. Au-dessus du comptoir, le nom de Rousseau est émaillé au feu sur une plaque. Le jury lui remet une médaille de bronze (car Rousseau n'est que marchand et non pas fabricant).


Le service Rousseau présentait de nombreux avantages. Celui-ci s’adapte parfaitement au service usité en France depuis le début du XIXe siècle.
Grande nouveauté pour l’époque, l’acheteur peut acheter le nombre de pièces qu’il souhaite, et non par 8, 12, ou 24 comme pour les autres services alors réalisés à la même époque.
Chacun est libre de composer son service selon ses goûts, les usages, et la fonction à venir. Rousseau proposait de jouer sur le rapport décor/fonction. Il suggère ainsi "la basse-cour pour la viande, les crustacés et poissons pour les produits de la mer, et les fleurs et insectes pour le dessert".
La somptuosité de la palette en faisait un service parfait pour les réunions familiales de la bourgeoisie. L'harmonie des motifs lui conférait par ailleurs un aspect somptueux qui convenait très bien à la vie de château aristocratique.
En outre, sa modernité (robustesse du trait, asymétrie délibérée des décors, vivacité du coloris), qui pouvait heurter le goût d’une maîtresse de maison, était fortement tempérée par les formes dixhuitiémistes voulues par Rousseau.

Rousseau assura par ailleurs la commercialisation du service par des méthodes nouvelles, des prospectus de vente, ce qui permit d’accroitre à nouveau ce succès. En 1885, se sentant vieillir, il s’associe avec son élève et ami Ernest Leveillé (1841-1913) qui oeuvra dès lors avec le maitre, et dans son esprit, jusqu’à son décès. Ce marchand-éditeur de porcelaines et cristaux avait fondé en 1869 sa propre maison au 74 boulevard Haussman à Paris. A partir de cette association, la raison sociale de cette nouvelle entreprise est « Maison Rousseau et Leveillé réunies ». Le service Rousseau connait toujours à cette époque un véritable succès. A la mort de Rousseau en 1890, la maison redevient « E. Leveillé » mais poursuit d’éditer le « service Rousseau » qui connait toujours un fort engouement. En 1899, le magasin est transféré au 140 de la rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Ernest Leveillé s’associe à son tour avec la maison Toy sous la raison sociale « Maisons Toy et Leveillé réunies » désormais au 10 rue de la Paix.


Le service Rousseau reste un jalon essentiel de l’histoire de la Céramique et plus largement des Arts Décoratifs. Il fut édité pendant plus de cinquante ans, jusqu’à la fin des années 1930. Sa production fut arrêtée non pas parce qu’il n’était plus à la mode, mais à cause de la crise économique et politique qui ne permettait plus de le réaliser.
Il est le fruit de la collaboration de deux hommes visionnaires, de l’alliance nouvelle du marchand et de l’artiste, dans un ensemble conjoncturel très favorable. Le Second Empire (1852-1870), est une époque où la prospérité économique finit de modeler la bourgeoisie d’affaire qui a été très friante de ce service.
Le succès vertigineux du « service Rousseau » bouleversa l’univers des Arts Décoratifs français. Il permit la diffusion du Japonisme, grâce à la maîtrise technique et graphique d’un artiste, mise au service d’un industriel audacieux. Il serait trop réducteur de limiter la postérité du service rousseau au nombre impressionnant de décorateurs, fabricants, éditeurs qui s’inspirèrent du service Rousseau pour leur réalisation, mais il faut tout de même citer L’escalier de Cristal, Choisy-le-Roy ou encore Vieillard à Bordeaux.
Félix Bracquemond reste l’initiateur d’un renouveau dans tous les arts décoratifs. Il a été un artiste avant-gardiste, qui du japonisme à l’Art Nouveau, a toujours suscité les ressources des Arts Décoratifs pour leur assurer une renaissance continue. Grâce à lui, les arts mineurs forcent les portes du Salon de l’Exposition Universel.

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