Visiteurs de Versailles 1682-1789

Avec près de 7 millions de visiteurs par an, le château de Versailles figure parmi les sites historiques les plus fréquentés du monde. Le palais et les jardins de Versailles ont attiré le public depuis que le petit relais de chasse créé par Louis XIII a été transformé par la volonté de Louis XIV en l’une des résidences les plus brillantes d’Europe, ouverte à tous, suivant le souhait du Roi.

Voyageurs français et étrangers, princes et ambassadeurs, artistes, écrivains et philosophes, architectes et savants, touristes du « Grand Tour » , tous sont venus à Versailles, lieu cosmopolite par excellence. Quand certains s’y rendaient à Versailles pour apercevoir le Roi ou solliciter ses faveurs, d’autres y étaient officiellement reçus par le souverain, au coeur du Château, cadre d’une intense activité diplomatique. De l’ambassade du Siam en 1686 à l’ambassade du royaume indien de Mysore en 1788, des représentants de tous les continents sont venus à Versailles.

Chaque visite était l’occasion de découvrir le pittoresque des costumes nationaux fièrement portés et l’originalité des présents apportés. Les mémoires, les gazettes et les journaux littéraires ont gardé la trace des plus importants de ces visiteurs et des fêtes qui leur ont été offertes.

À travers plus de trois cents oeuvres, l’exposition, la première sur ce sujet, mettra en lumière ces visiteurs de la seconde moitié du XVIIe siècle jusqu’à la Révolution. Mêlant portraits peints et sculptés, costumes de cour, guides de voyages, tapisseries, porcelaine de Sèvres et de Meissen, armes de parade ou tabatières, elle illustrera ce que les voyageurs découvraient en arrivant à Versailles. Quel accueil leur était réservé ? Quelles étaients leurs impressions ? Quels cadeaux ou souvenirs rapportaient-ils ? Ainsi, les visiteurs d’aujourd’hui découvriront le Château par le regard de ceux qui les ont précédés au cours de l’histoire.

Vue de la Grande Galerie. Sébastien Leclerc le Vieux (1637-1714)

Un partenariat entre le château de Versailles et le Metropolitan Museum of Art

L’exposition constitue la première collaboration d’envergure entre ces deux institutions culturelles au rayonnement mondial. Depuis la réception de Benjamin Franklin à la cour de Louis XVI en 1778, en passant par l’extraordinaire mécénat de John D. Rockefeller Jr. dans les années 1920, Versailles a toujours été un théâtre majeur de l’amitié franco-américaine. Aujourd’hui, ce sont plus de 800 000 visiteurs américains qui viennent chaque année admirer la beauté du domaine de Versailles, faisant ainsi des États-Unis le premier pays représenté parmi les visiteurs étrangers.

Visiteurs de Versailles 1682-1789
  • EXPOSITION

 Un château ouvert sur le monde

Le choix de Louis XIV de transférer le siège du gouvernement et la Cour à Versailles, officialisé en 1682, marque l’aboutissement d’un projet royal : créer un centre du pouvoir monarchique d’une nouvelle nature, autour de la personne même du roi. La résidence est donc conçue, dès l’origine, comme un espace public où le souverain se donne en spectacle, non seulement à la Cour mais aussi à l’ensemble de ses sujets et aux visiteurs venus du monde entier.
L’accessibilité de la personne royale ne se conçoit que par l’ouverture des espaces du château à tous ceux qui le souhaitent, dans le respect de certaines règles.
Des médailles marquent ce caractère ouvert et public de la résidence, et en diffusent l’image dans le monde entier. Les premiers guides de visite, commandés par le roi, sont édités. Ils décrivent les merveilles du château et de ses jardins et suggèrent des parcours de visite. À ceux-ci, s’ajoutent des guides pratiques diffusés par les éditeurs parisiens, constamment mis à jour jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Charles Arquinet, Maquette de l’escalier des Ambassadeurs, côté Sud, 1958.
© Château de Versailles, dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

A) RENCONTRER LE ROI

 – Le voyage à Versailles

À la fin des années 1660, en raison des séjours plus fréquents du roi et de la Cour à Versailles, un système de transport public et privé se développe.
Versailles est à quatre lieues à l’ouest de Paris. Il faut au minimum deux heures aux véhicules les plus rapides pour rejoindre le Château depuis la capitale. Un service spécial de messageries est notamment créé entre Paris, Saint-Germain-en-Laye et Versailles. Les prix varient en fonction du confort du service : le coche de seize places coûte 25 sols par personne, le carrosse à huit places, 30 sols par personne, et le carrosse de louage à quatre places, deux fois plus cher. Un tarif spécifique est appliqué au transport des marchandises par charrette.

Les différentes nations de l’Europe.
d’après Charles Le Brun, XVIIe siècle
huile sur toile
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
© Château de Versailles, dist. RMN-Grand Palais / Jean-Marc Manaï

Apprécié par de nombreux visiteurs étrangers, un bateau qui relie Paris à Sèvres ou Saint-Cloud, part chaque matin vers 8 heures au niveau du Pont Royal, pour un coût très modique de six sols. Les voyageurs continuent ensuite en coche, par les hauteurs de Viroflay, jusqu’à l’avenue de Paris conduisant au Château.
Une fois à Versailles, les plus fortunés ont recours à un service de chaises à porteurs ou de vinaigrettes (chaises à deux roues), stationnées sur la place d’Armes, mais dont l’activité principale se déroule dans l’enceinte même du château.

Promenade de Louis XIV dans le bosquet des Bains d’Apollon
Pierre Denis Martin. 1713
Château de Versailles
© RMN – Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

La question de l’herbergement se pose aussi puisque seuls les grands personnages étaient accueillis à la Cour. Les autres visiteurs devaient trouver à se loger par leurs propres moyens. Pour répondre à ce besoin il existait, à Versailles, des auberges ou des cabarets de plus ou moins
grande qualité.
Lors de la construction du château par Louis XIII, on ne comptait qu’un seul hôtel dans la ville. Avec les travaux de Louis XIV et l’installation de la Cour à Versailles en 1682, les structures d’hébergement se multiplièrent.
Ces établissements étaient le lieu de rixes régulières, le plus souvent entre ouvriers et serviteurs travaillant au Château mais également entre voyageurs. À cette époque, Versailles était alors probablement la première auberge d’Europe.

Les différentes nations de l’Asie
D’après Charles Le Brun (1619-1690)
Vers 1675
Huile sur toile
Château de Versailles
© Château de Versailles, Dist RMN – Grand Palais / Jean-Marc Manaï

 

– Accueillis par la maison du roi

En arrivant à Versailles, les visiteurs sont accueillis par un imposant dispositif de sécurité. Les soldats des gardes françaises circulent sur la place d’Armes tandis que des gardes suisses stationnent dans l’avant cour. C’est là qu’ils rendent les honneurs aux visiteurs officiels.
À côté de ces gardes « du dehors », deux compagnies aux effectifs plus modestes assurent plus directement la sécurité du château : les gardes de la porte et les gardes de la prévôté de l’hôtel.
Enfin, la protection du souverain est assurée par les quatre compagnies des gardes du corps et par la compagnie des Cent-Suisses. Le capitaine des gardes du corps suit le roi qu’il ne quitte pas des yeux depuis la première cérémonie du lever jusqu’à celle du coucher. Le capitaine des Cent-Suisses précède le monarque. Enfin, deux gardes de la manche, issus des gardes du corps, marchent de part et d’autre de lui. Au besoin, les Cent-Suisses
écartent les visiteurs trop insistants.

Détail d’un paravent : Vue du château de Versailles depuis l’avenue de Paris. Charles
Cozette (1713-1797)
Vers 1769-1770, montage en paravent postérieur à 1782. Huile sur toile, cuir peint,
bois
Collection de Monsieur et Madame Dominique Mégret
© Christophe Fouin

Les uniformes que portent toutes ces compagnies donnent leur couleur particulière à la foule de la Maison du roi, associant exclusivement le rouge et le bleu. Les détails de l’habillement (boutonnage, broderie, galonnage) ainsi que certains accessoires permettent de différencier les corps de garde les uns par rapport aux autres.

– Paraître à la cour

Dans leur variété, les visiteurs de Versailles sont à la fois acteurs et témoins des usages vestimentaires de la Cour. Les courtisans doivent être magnifiquement vêtus, non seulement à l’occasion des visites diplomatiques et des grandes cérémonies, mais également lors de celles qui marquent quotidiennement la vie de la famille royale. Le luxe imposé témoigne de la grandeur de la monarchie absolue.
Si le visiteur ne participe pas à la vie de la Cour, il doit toutefois se fondre dans celle-ci en se conformant à la mode du moment. Chacun sait qu’il peut être admis au château « pourvu qu’on soit correctement vêtu ». Il est ainsi conseillé aux hommes de porter une épée, sous peine d’être pris pour un valet, et d’avoir un chapeau pour pouvoir assister aux principaux moments de la vie de Cour, auxquels les dames sont conviées lorsqu’elles sont « magnifiquement parées ».
Lorsque la Cour est en deuil, ce qui est souvent le cas, une tenue appropriée est également nécessaire. Toutefois, en l’absence du roi, les règles se relâchent.

Vue des avant-cours du château de Versailles et des écuries
Jean-Baptiste Martin, l’aîné (1659-1735)
1688
Huile sur toile
Château de Versailles
© Château de Versailles, droits réservés

– Apercevoir le roi

« D’aussi loin que nos histoires nous en peuvent instruire, s’il y a quelque caractère singulier dans cette monarchie, c’est l’accès libre et facile des sujets au prince. »
(Louis XIV, Mémoires, 1662)

Versailles, plus que toute autre résidence royale, est le lieu où est mise en œuvre cette règle. Non seulement le roi est quotidiennement visible de tous lorsqu’il sort dans les cours et les jardins, mais de nombreuses occasions de l’apercevoir sont créées au fil de la vie de Cour.

Éventail : Déjeuner de la famille royale
Vers 1760-1775
Monture en ivoire argenté et doré, perles de nacre, gouache sur papier
Londres, The Fan Museum
© The Fan Museum, London

Le Grand Couvert

Le repas public du roi, seul ou en famille, est un événement qui se déroule trois fois par semaine et suscite une grande affluence. La cérémonie se déroule dans l’antichambre de l’Appartement de la Reine, ou, après le veuvage de Louis XIV en 1683, dans celle de l’Appartement du Roi. La table et les fauteuils des souverains sont placés devant la cheminée. Des tabourets permettent à un public choisi de s’asseoir tandis que les courtisans et les visiteurs se tiennent debout.
Le repas du roi est certes public mais des règlements précisent les modalités d’entrée. En plus des courtisans, sont admises les personnes connues ou recommandées, mais il est aisé à quiconque d’entrer, à condition d’être correctement vêtu. Seule la taille de la salle conduit les gardes à refuser l’entrée.

Les ambassadeurs de Siam accompagnés de leur interprète, l’abbé Artus de Lionne
Jacques Vigoureux Duplessis (av 1680-1732)
Vers 1721
Huile sur toile
Institut de France, Abbaye Royale de Chaalis, Fontaine-Chaalis
© Bruno Cohen Senlis

La procession quotidienne vers la Chapelle

Chaque jour, en fin de matinée, le souverain se rend à la Chapelle royale pour assister à la messe. Entouré des officiers de sa maison, il traverse, au milieu du public, l’enfilade du Grand Appartement à partir de la Grande Galerie. Les autres membres de la famille royale peuvent parfois l’accompagner. La procession se reforme après la messe pour le retour du roi dans son appartement. Cette messe est publique, et les parisiens se pressent en masse pour y assister.

Attribué à Nicolas de Largillière, Louis XIV recevant l’ambassadeur du shah de Perse Mehemet Reza-Bey dans la Galerie des Glaces, 19 février 1715, Château de Versailles
© Château de Versailles, Dist. RMN / Gérard Blot, Christian Jean

La remise des placets

Ces demandes écrites sont l’un des modes de relation entre le souverain et ses sujets. Sous le règne de Louis XIV, une table est dressée pour cela tous les lundis, dans la salle des Gardes de l’Appartement du Roi. Les placets, soumis par l’ensemble de la société, sont souvent les témoignages d’humbles sujets, venus des provinces du royaume pour obtenir du souverain un appui, un arbitrage ou un secours financier.

La cérémonie du toucher des écrouelles

Les rois de France étaient réputés guérir les écrouelles, maladie d’origine tuberculeuse, par imposition des mains. À chaque « bon jour du roi », Versailles devenait un lieu de pèlerinage, et les malades souffrant de ce mal affluaient non seulement des provinces du royaume, mais aussi de l’étranger.
Cette cérémonie particulièrement populaire permettait au roi d’être approché par les moindres de ses sujets autant que d’être vu par tous les visiteurs présents. Pendant son règne, Louis XIV traça un signe de croix sur le front d’environ 200 000 scrofuleux.

Les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit

Quatre fois par an, les 1er et 2 janvier, le 2 février et à la Pentecôte, les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit sont l’occasion, pour la Cour et les visiteurs, d’observer le roi et les membres de l’ordre en tenue du XVIe siècle. La procession chemine à travers la cour royale jusqu’à la chapelle, où un trône a été installé pour la prestation du serment.

B) LES VISITES POLITIQUES

– Les audiences des ambassadeurs européens

Au XVIIe siècle, les plus grandes nations européennes se dotent d’ambassades permanentes, avec des diplomates en résidence dans les principales Cours.
Avant toute cérémonie, l’ambassadeur est reçu par le souverain lors d’une première audience particulière. Aucun honneur ne lui est alors rendu puisqu’il n’a pas encore officiellement commencé ses fonctions. L’ambassadeur effectue ensuite son entrée publique dans Paris, puis se rend à Versailles, deux jours plus tard, pour son audience de cérémonie. Il est accueilli par l’introducteur des ambassadeurs, dans le salon de descente ou salle des Ambassadeurs, puis gravit l’escalier de la Reine et est reçu par le roi dans sa chambre. Cet entretien public se déroule selon un protocole minutieux, qui varie suivant le rang du diplomate, l’importance du pays représenté, qu’il s’agisse d’un royaume, d’une principauté ou d’une république, la religion de son prince, catholique ou protestante, et les liens familiaux qui unissent les deux pays.

– Les ambassadeurs extraordinaires

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ambassadeurs non européens attisent la curiosité de la Cour comme celle des visiteurs. Les ambassades en provenance
d’Asie, d’Afrique et d’autres contrées lointaines sont relativement rares et entretiennent un goût pour l’exotisme. À l’intention de ceux qui n’auraient pas l’occasion de les voir, le Mercure galant publie des comptes rendus détaillés, et les éditeurs d’estampes parisiens produisent des images riches d’informations très prisées.

Dans l’organisation des réceptions diplomatiques, la Couronne entend exalter la gloire royale afin d’éblouir les visiteurs étrangers comme le public français. Louis XIV, qui règle tous les détails et crée à Versailles une nouvelle manière de recevoir, s’assure que le protocole est respecté
mais sait l’adapter aux exigences de ses hôtes.

Les audiences de ces ambassadeurs extraordinaires font l’objet d’un cérémonial particulier : elles se tiennent dans la salle du Trône du Grand Appartement, le salon d’Apollon ou plus exceptionnellement dans la Grande Galerie (pour les ambassades de Siam en 1686, de Perse en 1715 et de l’Empire ottoman en 1742). Pour y accéder, le cortège gravit l’escalier des Ambassadeurs réservé à ces cérémonies.

Aux murs de l’escalier, achevé en 1679, les peintures de Charles Le Brun représentent des envoyés des différentes nations de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique. Un buste de Louis XIV est placé au centre de la composition, au-dessus d’une fontaine. Après la destruction de l’escalier en 1752, les délégations empruntent l’escalier de la Reine, et passent dans l’Appartement du Roi ou de la Reine, afin de gagner la galerie des Glaces et rejoindre le Grand Appartement.

Lors des cérémonies, répartis sur les marches de l’escalier, les Cent-Suisses, en tenue « à l’antique » du XVIe siècle, forment une haie d’honneur.
Afin d’honorer l’ambassade, l’audience est toujours suivie d’une visite des jardins, et les eaux sont mises en marche.

– Les révolutionnaires américains à la cour

Enchantement et répulsion : telles sont les deux réactions qu’éprouvent au XVIIIe siècle bien des Américains en visitant Versailles, qu’ils soient touristes effectuant un Grand Tour de l’Europe ou diplomates en poste à la Cour. Impressionnés par la magnificence du château et des jardins, ils n’en sont pas moins critiques envers le goût des souverains français pour le luxe et le protocole, au détriment du bien-être de leurs sujets, vivant pour la
grande majorité dans la pauvreté et la misère.

L’un des ces visiteurs le plus illustre est Benjamin Franklin. Sa première visite date de 1767. Il se rendra à nouveau à Versailles en 1776, six mois après avoir signé la déclaration d’indépendance des États-Unis. Lors de ce voyage effectué en tant que plénipotentiaire, il est accompagné de John Silas, rapidement remplacé par John Adams, co-auteur de la Déclaration d’indépendance, et d’Arthur Lee. L’audience eut lieu le 20 mars 1778, après la signature des traités scellant la coopération dans la lutte contre la Grande Bretagne. Lee fut déçu par la simplicité du cérémonial de ce moment.

La Cour, quant à elle, est frappée par la mise de Franklin. Elle est subjugée par cet homme qui avait refusé de porter l’habit à la française, pour se présenter « avec un costume de cultivateur américain, ses cheveux plats sans poudre, son chapeau rond, son habit de drap brun » (Mémoires de madame Campan). La simplicité de sa tenue relève, en fait, du stratagème politique : l’image qu’il donne de sa personne doit coïncider avec les valeurs et les idéaux de la jeune république qu’il représente.

C) LES VISITES CULTURELLES ET ARTISTIQUES

– Artistes et espions

Dès son ouverture au public et l’installation de la Cour, Versailles attire philosophes et naturalistes, jardiniers et agronomes, entrepreneurs et artistes. Parmi ceux-ci, le sculpteur de la manufacture de porcelaine de Meissen, Johann Joachim Kaendler, venu en 1750 mettre en place à Versailles un énorme miroir de porcelaine offert par l’électeur de Saxe à sa fille la dauphine, ou encore en 1776 le céramiste Thomas Bentley, associé de Thomas
Wedgwood dans la manufacture de grès fin anglaise.

On peut également citer, en 1763, la famille Mozart. Lors de leur passage à la cour, les enfants se produisent à plusieurs reprises devant la famille royale, Wolfgang qui charme Marie Leszczynska, exécute également quelques improvisations sur l’orgue de la Chapelle royale.

Le palais suscite aussi l’intérêt des architectes les plus célèbres, comme le Suédois Nicodème Tessin, l’Allemand Balthasar Neumann, les Britanniques William Chambers, Robert Adam ou John Soane, qui souhaitent se familiariser avec le style français et les technologies mises en œuvre.

La plupart de ces artistes se rendent à Versailles à la demande de leur prince, et c’est à une sorte d’espionnage industriel qu’est soumis Versailles. Ils rédigent des rapports illustrés de dessins techniques. Ils se lamentent souvent de l’absence de plan et d’élévation du bâtiment à l’échelle car, s’il existe d’excellentes gravures du palais, il est strictement interdit de réaliser des croquis ou de prendre des mesures sur place, sauf autorisation expresse du roi, que certains obtiennent. Ils réunissent auprès des libraires parisiens, la documentation qui existe, en particulier les recueils officiels publiés par le Cabinet du Roi.

Grâce à eux, Versailles devient un modèle qui se diffuse dans toute l’Europe.

– Les touristes du grand Tour

Nombreux sont les jeunes nobles qui, pour parfaire leur éducation, entreprennent un « tour des Cours de l’Europe ». Il s’agit du Grand Tour, dans lequel Versailles occupe une place de choix, comme modèle inégalé de la sociabilité de Cour. Ces grands touristes sont en général accompagnés d’un tuteur, qui organise les enseignements qu’ils reçoivent dans différentes écoles (notamment l’académie équestre d’Angers) ainsi que les visites des monuments et institutions qu’ils découvrent.

À la surprise des voyageurs, la visite du château et des jardins se fait « avec une pleine liberté ». Le plaisir est accru par les grandes eaux, « dont quelques-unes jouent tous les jours régulièrement, mais les autres seulement en certains temps et au plaisir de personnes de qualité »
(Nemeitz, Séjour de Paris, 1727).

Ces voyageurs peuvent se procurer de nombreux souvenirs – gravures, gouaches, petits bronzes, tabatières, éventails, boutons… – vendus à Paris ou
directement sur des étals dans les principaux escaliers du château ou même dans certaines antichambres.

D) PRINCES EN VISITE OFFICIELLE OU INCOGNITO

« Les étiquettes de la Cour de France sont si sévères et si hautaines à l’égard des princes étrangers, qu’ils s’en éloignent lorsqu’ils ne sont pas absolument forcés de s’y rendre. […] Aussi tous ceux qui ont visité Versailles ont-ils gardé l’incognito et pris un nom supposé, pour ne pas être
confondus avec la foule des courtisans. Au moins avec l’incognito, ils s’en tenaient aux réceptions particulières, où on ne leur disputait pas leur rang. » (baronne d’Oberkirch)

L’Étiquette très rigide de Versailles incite de nombreux princes à ne pas s’y rendre en visite officielle. Le plus souvent, les souverains étrangers emploient un titre fictif de comte, suivi du nom d’un lieu en leur possession qui renvoie avec esprit à la véritable identité du voyageur.
L’adoption de l’incognito et le pseudonyme sont publiquement annoncés avant le départ. Le visiteur est ainsi reçu à Versailles avec la simplicité due à son statut fictif, mais les égards dus à son statut réel. L’incognito procure une plus grande liberté et davantage d’intimité. Le besoin de cérémonie et les frais du voyage s’en trouvent très réduits

– Les hôtes du Trianon de marbre

Le Trianon de marbre, actuel Grand Trianon, était un château privé qui n’avait pas vocation à recevoir des hôtes de marque. C’est cependant dans l’aile de Trianon-sous Bois que Pierre Ier est logé en mai-juin 1717, lors de son séjour à Versailles. Gros mangeur, joueur invétéré, le tsar ponctua ce séjour d’excès de toutes sortes, au point qu’il tomba malade.
De nouveaux hôtes sont annoncés en juin 1741. Les parents de la reine Marie Leszczynska, Stanislas Leszczynski, ancien roi de Pologne et duc de Lorraine, et Catherine Opalinska s’installent dans les anciens appartements de Madame de Maintenon. Stanislas qui reviendra presque chaque année, même après son veuvage, mène une vie simple et familiale, rendant chaque jour visite à sa fille à Versailles après le déjeuner et rentrant à Trianon en fin d’après-midi. Louis XV n’hésite pas à lui rendre visite lorsqu’il part chasser.

– Les réceptions de Marie-Antoinette à Trianon

C’est à Trianon que Marie-Antoinette honore, par des fêtes somptueuses, certains voyageurs venus incognito à Versailles, en particulier les membres de sa famille. Son frère Joseph II est le premier, en 1777, à profiter de l’hospitalité de la reine. Il revient en 1781 où sa sœur lui offre « une fête d’un genre nouveau » : après le souper et à l’issue d’un opéra de Gluck sur la scène du petit théâtre nouvellement achevé, un concert est donné dans les jardins illuminés par des centaines de fagots allumés. En 1782, la réception donnée pour le comte et la comtesse du Nord est encore plus magnifique. La reine décide d’offrir, après un opéra de Grétry et un ballet, des illuminations dans les jardins, le nombre de fagots brûlés augmentant sensiblement.

Le ton est désormais donné et la visite du comte de Haga en 1784 suit le même modèle ; elle dépasse même en magnificence toutes les précédentes : six mille quatre cents fagots furent consommés lors de l’illumination.

En savoir plus:

Exposition: Visiteurs de Versailles 1682-1789

Jusqu’au 25 février 2018, château de Versailles

www.chateauversailles.fr