Théodore Deck (1823-1891). Les Quatre Saisons, décor de l’Orangerie du parc de Bécon à Courbevoie

Initiateur de la céramique moderne, Théodore Deck devient rapidement, dans la seconde moitié du XIXème siècle, un des artistes les plus reconnus tant par la diversité des formes qu’il réalise que pour les recherches techniques qu’il mène, contribuant alors au renouveau de son art. L’originalité de ses décors marque, avant 1900, la naissance de l’Art Nouveau.

Unique dans son style et sa manière, Théodore Deck puise dans un vocabulaire qui, loin de copier ou imiter les productions existantes, réinvente des formes inédites et originales. L’artiste puise alors son inspiration dans différentes sources avec virtuosité et éclectisme et perfectionne les anciennes techniques notamment, dans les domaines de la faïence fine. Un goût prononcé pour la couleur conduit Théodore Deck à l’étude de l’art oriental –ou « art persan » – et de l’Extrême-Orient.

Sa connaissance des artistes de la Renaissance française et italienne lui permet d’envisager une complémentarité de recettes et de formes. En effet, c’est en étudiant les faïences turques d’Iznik et en tentant de reproduire l’intensité et la luminosité des teintes qu’il se fait connaître. Exposées en 1861, ses œuvres remportent un succès colossal. On parle des reflets « électriques », « d’aurores boréales », « de lueurs féériques ». Son souhait le plus cher serait de « créer des produits qui, par l’éclat et la séduction des couleurs, peuvent être comparés aux plus belles faïences orientales » (Th. Deck, La faïence, Paris, 1887). La Chine et le Japon, dont on redécouvre les productions à la fin du siècle, l’impressionnent également. En 1863, il expose ses premières faïences couvertes de glaçures alcalines, colorées bleu turquoise, et donne naissance à un bleu profond et limpide, le « bleu Deck ». Les fonds décorés ou gravés en léger relief évoquent l’art chinois ou japonais. S’il mélange fréquemment les motifs sans le différencier, il s’agit d’évoquer un style et non de le copier. Sa manière s’enrichit également des recherches menées par d’autres artistes de l’époque.

Au cours de sa carrière, Théodore Deck voyage et compose des objets mais également des décors. Il en est tantôt l’auteur tantôt le maître d’œuvre, confiant à ses amis peintres la conception des sujets et la réalisation des motifs. Il intervient alors, à Courbevoie, en 1874, pour le prince roumain Georges B. Stirbey, propriétaire d’une partie du domaine de Bécon. Théodore Deck commande à deux artistes des cartons pour l’ensemble décoratif composé de huit têtes sous forme de médaillons, intégrés dans un ensemble plus large de cartouches en cuir et d’allégories évoquant le thème des Quatre saisons. Les motifs seront réalisés par Jules Antoine Legrain et Albert Anker puis finalisées et signées par Théodore Deck.

On retient de Deck son goût pour le voyage et l’émerveillement face à l’art oriental qui l’a tant fasciné. Son intervention dans le domaine de Bécon n’est pas un hasard. Les propriétaires du château, grands voyageurs eux-mêmes, sont tantôt français, italiens ou roumains. Les familles Fould et Stirbey à l’origine des derniers aménagements du parc n’y ont-ils pas fait remonter deux pavillons de l’Exposition universelle de 1878, celui de la Suède-Norvège et celui des Indes anglaises. Ces architectures éphémères sont aussi le fruit d’influences diverses qui transportent leurs propriétaires au-delà des frontières de l’Europe au cœur d’un exotisme imaginaire.

Contexte de l’exposition

L’exposition propose de découvrir pour la première fois le décor créé pour l’Orangerie du château de Bécon. Commandé par le prince Georges Stirbey, en 1874, l’ensemble composé initialement d’une trentaine de plaques émaillées est resté invisible du public et des spécialistes. La rénovation du Pavillon des Indes, en 2013, et l’étude, en cours, de l’Orangerie, ont permis de redécouvrir cet ensemble conservé au musée Roybet
Fould, dans l’attente de sa réinstallation à l’Orangerie. Le musée conserve vingt plaques dont deux avec médaillons, imaginées et peintes par Albert Anker, une des quatre saisons d’Antoine-Jules Legrain (L’Automne), treize plaques horizontales avec le motif du cartouche en cuir retourné et quatre petites plaques avec celui du vase ornemental. Ce décor était installé dans des panneaux en bois sculptés et rehaussés à la feuille d’or. L’exposition propose de visualiser les plaques présentées pour l’occasion dans leur support d’origine. Ce fragment de décor prend son sens au regard des œuvres de l’exposition issues des collections du musée national Adrien Dubouché à Limoges et de celles du musée Théodore Deck à Guebwiller.

Le parcours de visite

L’exposition se répartit sur l’ensemble des salles du musée hébergé dans un des pavillons de l’Exposition universelle de Paris, en 1878. Le cadre exceptionnel fait sens avec les objets de l’exposition dont plusieurs ont été exposés en France et l’étranger en 1861, 1867, 1871, 1874 ou 1878.

Cinq thèmes ponctuent le parcours.

Salle 1 : Le décor de l’Orangerie de Bécon
Présentation des œuvres de Courbevoie et mises en correspondance avec d’autres productions de la même période en lien avec des expositions : Londres (1871) et Paris (1874).

Salle 2 : La céramique architecturale
Théodore Deck fut un des grands initiateurs du renouveau de la céramique architecturale appliquée aux décors intérieurs à destination d’un public d’amateurs et de collectionneurs.

Salle 3 : Les expositions, une vision internationale
Théodore Deck et ses collaborateurs sont très présents lors des expositions techniques lors desquels il devient un artiste international notamment par la présentation d’un bleu turquoise unique, devenu « bleu Deck ». Membre co-fondateur et donateur de l’Union centrale des Beaux-arts appliqués à l’industrie, en 1865, il participe ainsi aux différentes expositions de l’association, leur réservant parfois la primeur de ses expériences.

Salle 4 : Les collaborateurs
Les recherches ont permis de mettre en avant une intense activité au sein de l’atelier. Plus de quarante collaborateurs ont été recensés. Certains, peintres graveurs, sculpteurs ou décorateurs, dominent la production tels Albert Anker, François Ehrmann, Raphaël Collin, Edmond Lachennal, …
D’autres comme Félix Bracquemond ou Emile Reiber ont proposé leur talent à d’autres ateliers parisiens.

Salle 5 : La manufacture de Deck
La carrière de Théodore Deck s’est construite rapidement après l’exposition de 1855. Sa formation et ses débuts d’artisan pour la fabrication de poêle en faïence ont grandement influencé sa vision du métier et sa production. La présentation met l’accent sur des œuvres de début de carrière et sur la diversité des sources d’inspiration de Deck : la Renaissance italienne et française, l’Orient et l’Extrême-Orient.

Le génie de Théodore Deck fut probablement de proposer une synthèse parfaite de ces influences en créant un vocabulaire de formes qui lui soit propre. Loin de copier ou de plagier, il donne à voir et à imaginer une époque où le syncrétisme des formes croise une vision historiciste des sujets.

Le décor de l’Orangerie de Courbevoie trouve des correspondances dans la production de l’atelier entre 1865 et 1880, tout en demeurant unique et exceptionnel par la qualité des motifs et des couleurs. Sa présentation est l’occasion également de remettre en contexte l’histoire du parc de Bécon et de ses propriétaires, grands collectionneurs et mécènes. L’année de commande du décor est aussi celle de l’arrivée de Jean-Baptiste Carpeaux au château de Bécon. Le réseau d’artistes fréquenté par le céramiste et le sculpteur trouve des résonnances. Deck fut en effet sculpteur, domaine artistique avec lequel il entretient de nombreuses amitiés.

L’exposition présente soixante-quinze œuvres issues de trois collections principales. Un partenariat exceptionnel a été établi avec la ville Guebwiller pour le prêt de quarante-huit œuvres du fonds du musée Théodore Deck et des pays du Florival. Le musée national Adrien Dubouché à Limoges a prêté des œuvres rarement vues du grand public, conservées actuellement en réserve. Le musée Roybet Fould présente également les plaques émaillées, propriété de la ville de Courbevoie, inédite jusqu’à l’exposition.

En savoir plus:

Exposition temporaire
du 16 janvier au 24 juin 2018 au musée Roybet Fould

www.museeroybetfould.fr