Picasso, céramiste et la Méditerranée

Picasso céramiste Le centre d’art des pénitents noirs à Aubagne présente l’exposition Jusqu’au 13 octobre 2013

« C’est lors d’une visite promenade pendant la foire de la poterie à Vallauris en 1946, accompagné par Françoise, que Picasso rencontre dans cette ville de tradition potière, Georges et Suzanne Ramié, ce qui déterminera un travail constant jusqu’à la fin des années soixante autour de la céramique. Pour la première fois après la guerre, les potiers de Vallauris montrent leur travail au Nérolium, sorte de grand hall au centre du village, où se mélangent produits régionaux et céramiques.

Picasso s’attarde sur le stand des Ramié, arrivés à Vallauris en 1936 et qui, après avoir travaillé sur les formes de céramique locale, s’inscrivent dans une ouverture de renouvellement de la céramique traditionnelle. Lors de son passage sur le stand, comme un amusement, il réalise quelques figurines en terre qu’il modèle à sa manière.

 

Taureau et soleil barbu 1959
Taureau et soleil barbu 1959
Succession Picasso 2012,
(c) Maurice Aeschimann

L’année d’après, en 1947, Picasso, installé à Golfe-Juan, revient visiter la foire de Vallauris et les Ramié lui montrent les figurines réalisées l’année précédente et qu’ils avaient fait cuire. C’est alors que commence son aventure avec le monde de la céramique.

Picasso connaît la céramique depuis sa tendre enfance ; l’Espagne possède plusieurs grands centres dont l’Andalousie, province de naissance de Picasso, et la Catalogne, sa région adoptive. Par ailleurs, jusqu’aux années cinquante, les familles en Espagne cuisinaient dans des récipients de céramique populaire, marmites, « pignates », poêlons…

Vase aux danseuses ou Bacchanale, 1950 Picasso
Vase aux danseuses ou Bacchanale, 1950
succession Picasso 2012
(c) maurice Aeschimann

Picasso amoureux 

Picasso, en revenant sur les rives de la Méditerranée, retrouve également sa culture à travers la mer, le bleu du ciel, le climat, la nourriture très typée sur tout le pourtour de cette mer unificatrice et fondatrice de cultures. Il est heureux, amoureux, et l’Europe entière aspire à la paix, le monde s’ouvre à nouveau et Picasso explorera, sans relâche et jusqu’à sa mort, les grandes thématiques de sa trajectoire artistique.

Mais il reviendra aussi vers les chemins qu’il avait commencé à explorer en 1905-1906 dans l’atelier de Paco Durrio, céramiste et joaillier à Paris, autour de la terre cuite. La famille Ramié met à la disposition de Picasso un atelier dans leur très belle fabrique Madoura. S’ensuivront des années de travail en commun avec une grande productivité de la part de cet artiste prolixe.

Détournement de céramique

Picasso loue la villa la Galloise et installe son atelier de peinture et sculpture au Fournas (ancienne usine de parfums), où il mènera son travail de peintre, de sculpteur et de céramiste, de front. C’est avec délectation qu’il revisitera sans complexes et avec une acuité toute particulière la civilisation antique méditerranéenne. Même s’il n’a jamais eu la possibilité de se rendre en Grèce, ses multiples visites au Louvre ont contribué à l’éclairer sur ces sujets, et quelques voyages en Italie complètent cette culture innée qu’il possède profondément ancrée en lui.

Picasso dans son atelier de céramiste à Vallauris
Picasso dans son atelier de céramiste à Vallauris (c) David Douglas Ducan

Il redécouvre la céramique traditionnelle, encore utilisée au quotidien à cette époque, et la détourne de ses fonctions premières, en utilisant les formes comme supports pour leur offrir de nouvelles destinations. C’est ainsi que les « pignates » sont décorées avec des « figures noires », comme les vases antiques, et racontent une histoire, les poêlons pour la cuisson des châtaignes deviennent des masques, les gourdes en terre cuite dénommées « gus » deviennent des insectes bleus.

Il détourne également les briques et les moellons brisés qui se transforment en superbes sculptures-céramiques en trois dimensions. Il utilise également les descentes de gouttières sur lesquelles il impose les portraits, soit de Françoise, soit, après le départ en 1953 de cette dernière, ceux de Jacqueline qu’il épouse en 1961.

Picasso
Picasso

Picasso, artiste prolixe, qui explore sans cesse de nouveaux chemins, aura sans aucun doute transformé la vision du travail sur la terre en apportant sa merveilleuse contribution. Il n’aura de cesse de créer des formes nouvelles surprenantes, faisant suite à sa pensée extraordinairement créatrice. Il reste ainsi dans sa trajectoire personnelle, dans cette recherche constante qui a tant donné à l’histoire de l’art.

Il ne travaille pas la céramique avec les standards des céramistes, mais avec ses propres inventions et comme prolongement de son travail sur la sculpture, la peinture, la gravure et la linogravure. L’expérience acquise lui permet cette sensibilité et cette grande facilité sur ce nouveau médium, qu’il renouvelle totalement, en influençant d’autres artistes et notamment certains américains comme Peter Voulkos.  »

 

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