Paul-Louis Cyfflé: biscuits en terre de Lorraine

Les créations de ce grand sculpteur du XVIIIème siècle ont été reproduites ou imitées par les faïenceries lorraines jusqu’au début du XXème siècle . Dans sa manufacture, Cyfflé a produit entre 1768 et 1780 de nombreux biscuits en «Terre de Lorraine», une recette dont il a gardé le secret, une pâte très blanche, proche de la porcelaine et dont la finesse était remarquable. Elle rivalisait alors avec les « biscuits » de la Manufacture de Sèvres.

Paul-Louis Cyfflé (1724, Bruges – 1806, Ixelles-les-Bruxelles), attribué à la Manufacture de Lunéville
Vers 1765-1775.
(c) Palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain

Sculpteur et céramiste né à Bruges en 1724, mort à Ixelles/Bruxelles en 1806. Après des études à l’Académie de Bruges, il se rend à Paris en 1741 puis à la Cour ducale de Lunéville en 1746. A 22 ans, il entre comme compagnon dans les ateliers de Barthelémy Guibal, il participe avec son maître Guibal aux travaux d’embellissement de la Place Royale à Nancy et particulièrement à la création de la statue de Louis XV. Il réalise la fontaine de la place d’Alliance, chef-d’oeuvre de genre rocaille qui célèbre le rapprochement, en 1756, des Maisons de France et d’Autriche.

Les Enfants au Nid d’Oiseaux, Terre de Lorraine, Atelier de Paul Louis Cyfflé, 18e Siècle.
(c) Desarnaud, Proantic

Nommé sculpteur officiel de Stanislas en 1757, Cyfflé s’emploie à percer le secret de la porcelaine et créée ses premiers modèles de petite sculpture en biscuit dans un atelier des manufactures de Saint-Clément.

En 1758, ayant obtenu un privilège pour fonder sa propre manufacture à Lunéville, il se consacre avec Charles Gabriel Sauvage (1741-1827) à la production de faïences fines à pâte très blanche dite «  Terre de Lorraine«  voisine de la porcelaine. Statuettes, scènes de genre populaire ou galant, bustes, médailles, portraits dont la blancheur donne l’apparence du marbre, obtiennent un succès considérable.

Manufacture Cyfflé à Lunéville
Paul-Louis Cyfflé (auteur du modèle)
1767 – 1768.
(c) Palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain

Le principal collaborateur de Cyfflé était son fils Joseph. À son apogée, la fabrique comptait vingt-cinq collaborateurs. Parmi eux se trouvaient deux modeleurs, sept retoucheurs, un garnisseur pour les fleurs et les autres détails, un responsable pour les fours, ainsi que des élèves et des assistants. Cyfflé était le principal modeleur et veillait à la finition des objets de ses collaborateurs. Ainsi, les moules y furent façonnés et les statuettes y furent cuites au four. C’est pour cette activité, qu’il n’exerça cependant qu’une dizaine d’années, que Cyfflé acquit une durable notoriété.

La célébrité de Cyfflé lui fut acquise parce qu’il produisait des objets de grande qualité. Ses statuettes et groupes étaient des chefs-d’œuvre de sculpture raffinée.  Ses productions étaient destinées à des amateurs fortunés qui les plaçaient dans leur salon, en vitrine ou sur le manteau de la cheminée. Tant pour ses personnages que pour ses groupes, Cyfflé maitrisait à la perfection leur présentation.

Il s’agissait surtout de figurines montrant le « petit peuple » mais qui n’en étaient pas moins recherchées. Par contraste aux productions en porcelaine semblables de la Manufacture royale de Sèvres et qui sont beaucoup plus solennelles, les œuvres de Cyfflé apparaissent comme plus fraîches, plus espiègles et plus joyeuses.

Les petites scènes bucoliques ou idylliques avec des petits couples d’amoureux étaient aussi fort à la mode et très appréciées, surtout lorsque sont figurés par là les romans du temps. Enfin, les statuettes figurant les grands personnages de l’époque étaient aussi fort demandées, tant pour les têtes couronnées que pour les grands intellectuels tels Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et Montesquieu.

Après la mort de Stanislas, en 1766, les artistes lorrains manquent de commandes. Malgré son talent, ses affaires décroissantes, Cyfflé en est réduit à vendre ses moules à la faïencerie de Niderviller.

En 1777, il quitte Lunéville, et tente, dans sa Belgique natale de s’établir à nouveau. Ses affaires périclitèrent lorsque les français envahirent la Belgique, lors de la révolution française. Cyfflé se réfugie à Ixelles les Bruxelles où il meurt le 24 Août 1806, oublié à l’âge de 82 ans.