Le pavillon de l’Etang des carpes à Fontainebleau

Dès le règne de François Ier, le château de Fontainebleau a été entouré de jardins, lieux de plaisirs et de promenade. Les jardins Renaissance, ornés de statues par Catherine de Médicis dans la seconde moitié du XVIe siècle, sont ensuite agrandis et ornés de fontaines sous Henri IV. De 1606 à 1609, le roi fait creuser un canal, long de 1 200 mètres, ouvrant la perspective.

Au cours du règne de Louis XIV, sous la direction d’André Le Nôtre et Louis le Vau, vient s’ajouter le Grand Parterre, un jardin classique à la française de 11 hectares, le plus vaste d’Europe. La dernière grande étape de transformation a lieu sous le Premier Empire avec la création d’un jardin à l’anglaise réalisé par Maximilien-Joseph Hurtault.

Pavillon de l’étang aux Carpes

L’ÉTANG DES CARPES

L’étang des Carpes, vaste étendue d’eau prolongeant la cour de la Fontaine, est aujourd’hui un lieu emblématique du domaine de Fontainebleau. C’est François Ier qui, dès les années 1535-38, opère les premiers aménagements de l’étang : ses berges sont maçonnées de chaque côté et un îlot est planté au centre de la pièce d’eau.

Pavillon de l’étang aux Carpes

Plus tard, en 1594, Henri IV souhaite donner une place prépondérante à l’étang et fait alors installer un étonnant jardin insulaire, agrémenté de parterres de broderies, auquel on accédait par une petite passerelle. Étroit et dissimulé, ce passage signifiait au visiteur le caractère privatif de cette île-jardin, sorte de giardino segreto dans la tradition des jardins maniéristes italiens. L’île est finalement détruite après un siècle d’existence, en 1713, avec la volonté d’unifier les extérieurs du domaine.

L’étang a toujours joué un rôle très important dans la vie de la résidence de Fontainebleau : lieu de baignade, de navigation, de fête ou de pêche, il est une attraction essentielle du séjour bellifontain pour les souverains et leur cour.

Vue de la coupole figurant l’aigle impérial, vers 1811-13
© Fontainebleau, château / Marie-Élise Louges

LE PAVILLON DE L’ÉTANG

Trônant majestueusement au milieu de l’eau, le pavillon de l’ Étang est, à l’image du château, un écrin d’histoire et de beauté. Si l’on en croit le père Dan, savant historien du milieu du XVIIème siècle, ce serait sous le règne de Louis XIII que fut construit pour la première fois un « petit pavillon rond couvert en terrasse et environné d’une balustrade de pierre ».

Détails des boiseries peintes du Pavillon de l’étang présentant des oiseaux avant et après restauration, vers 1811-13
© Fontainebleau, château / Virginie Marty.

Sa forme actuelle est très certainement le fruit des transformations conduites par André Le Nôtre et l’architecte Louis le Vau au début des années 1660. Suivant un plan octogonal, l’édifice comprend un soubassement en grès de Fontainebleau et une élévation en pierre de Saint-Leu.
Au sommet, se trouve aménagé un toit-terrasse auquel on accèdait par un escalier, dissimulé dans une niche en saillie à l’arrière du bâtiment. La façade, elle, est rythmée par des pilastres encadrant des ouvertures en plein ceintre, ainsi qu’une balustrade ornée de vases.

Gentil (dit), Alaux Jean-Paul (1788-1858), Sur l’étang des Carpes à Fontainebleau. La frégate du Prince impérial, estampe
© RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Franck Raux.

Le trouvant « presque anéanti », Napoléon Ier fait restaurer le pavillon entre 1811 et 1813. L’originel toit-terrasse du pavillon et son escalier sont alors supprimés. Au même moment, la façade est enrichie d’une frise de rosaces et de « N » gravés à la gloire de l’Empereur. Enfin, la charpente, en mauvais état, est remplacée par une structure métallique plus solide.

Le décor intérieur, confié à Simon-Frédérich Moench, fait aussi partie des travaux ordonnés par Napoléon Ier. L’édifice se voit alors agrémenté de boiseries peintes présentant un répertoire végétal et animalier, tandis qu’un aigle impérial sur fond bleu orne la calotte du petit dôme.

Sous le Second Empire, en 1861, les berges maçonnées de l’étang sont engazonnées afin de lui donner l’illusion d’un lieu naturel et d’accentuer son atmosphère romantique. Cette transformation due à Napoléon III disparaîtra au XXe siècle sur le côté oriental.

UN PAVILLON DÉDIÉ AUX LOISIRS DE LA COUR
Peuplé des fameuses carpes dont la tradition vante l’extraordinaire longévité, le plan d’eau a été, tout au long de son histoire, un lieu idéal et apprécié pour la pratique de la pêche. Toutefois, l’activité la plus fréquemment observée sur l’étang est la navigation et ce, dès le règne de François Ier. Ainsi, il n’était pas rare de voir le Roi Soleil se promener sur l’étang à bord d’une gondole dorée.

De la même façon, sous le Second Empire, l’étang des Carpes s’avère être un lieu d’agrément particulièrement convoité et de multiples embarcations investissent la pièce d’eau. Le prince impérial, fils de Napoléon III, disposait pour son éducation d’une barque transformée en frégate, avec mâts, voiles et gréement, tandis que sa mère, l’impératrice Eugénie, voguait à bord d’un caïque du Bosphore manoeuvré par un batelier en costume oriental ou une gondole vénitienne.

Le goût des hôtes du château pour la navigation avait favorisé la création d’un pavillon sur l’îlot naturel. Le petit édifice est alors devenu le théâtre pour de grandes réceptions, comme celle organisée pour le rétablissement de la santé de Louis XV en 1728, d’où est tiré, pour l’occasion, un feu d’artifice grandiose.

Par ailleurs, le pavillon est un lieu de récréation privilégié pour les souverains. Ainsi, le comte de Giaudemaria, envoyé du duc de Parme à la cour de Louis XIV en 1680, rapporte que « à minuit, le roi Louis XIV va souper dans la cour des Fontaines dans un petit pavillon, auquel on arrive que par eau ».

En savoir plus:

Château de Fontainebleau

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