Le Cabinet de Garde-robe de Louis XVI

A l’écart du tumulte des Grands Appartements, l’appartement privé du Roi situé au premier étage du corps central du Château est devenu sous Louis XV et Louis XVI, un véritable appartement d’habitation au décor raffiné. Sous ces deux règnes, l’appartement privé a connu un renouvellement continuel des espaces et de leur usage, s’adaptant au goût de l’occupant.

Ultime chef-d’œuvre de l’art royal versaillais exécuté à la veille de la Révolution, le cabinet de garde-robe est un des rares aménagements d’ampleur entrepris par Louis XVI dans l’appartement privé. Ce cabinet s’ouvre par une porte dissimulée dans la tenture de l’alcôve sur la chambre à coucher, installée pour Louis XV en 1738. Aboutis en 1788, les travaux avaient permis de doubler la surface de la pièce et de diviser le nouveau volume en deux niveaux : la garde robe et l’entresol. Ce petit cabinet d’à peine 13m², bénéficiait alors d’une plus grande luminosité grâce à deux larges baies s’ouvrant sur la cour des Cerfs.

Description du décor

La garde-robe de Louis XVI revêtue de boiseries sculptées et couronnées par une corniche d’architecture, est exceptionnelle par son extrême raffinement. La sculpture de cet ensemble fut confiée aux ciseaux des frères sculpteurs Jean-Siméon et Jean-Hugues Rousseau, qui signèrent lors de leur dernière intervention au Château une de leurs plus brillantes productions. Sous la direction de l’architecte Richard Mique, s’affirment un style et une composition qui leur sont propres et que l’on retrouvera aussi dans les décors des appartements privés de Marie-Antoinette (Cabinet doré en 1783 et salle de bains en 1784) qu’au cabinet de la garde-robe du Roi.

Dans un registre néo-classique, les décors sculptés et dorés déclinent les grands domaines du Gouvernement : le commerce, l’agriculture, la marine, la guerre, les sciences et les arts.

Rien de futile dans ce programme iconographique, qui évoque plus un cabinet de travail, à l’instar d’un « studiolo » de la Renaissance italienne, qu’une pièce de commodité comme l’indique son appellation de garde-robe. Il s’agit, en effet, d’un lieu consacré au travail, sorte d’arrière cabinet plus intime que le cabinet d’angle. Le caractère sérieux et appliqué du souverain transparaît ici, loin des thèmes légers voire convenus qui se déployaient dans les décors réalisés pour son prédécesseur. Cette thématique ne trouve guère d’équivalent que dans le cabinet du Conseil, pièce officielle où sont représentées, sous forme d’allégories, les activités du gouvernement.

Selon un principe habituel au XVIIIe siècle, cet ensemble est traité en harmonie blanc et or : tous les éléments moulurés et les parties sculptées sont dorés à la détrempe et se détachent sur une peinture à la colle de teinte blanche. Le sol est recouvert d’un parquet à panneaux de type Versailles, axé sur la cheminée.

Les boiseries

Les grands panneaux, ceinturés par des cadres généralement à deux registres sculptés comportent une riche composition comprenant des arabesques en périphérie, un motif « posé » en bas et un motif « suspendu » en haut.

La protection du souverain sur son royaume est clairement affichée dans les grands panneaux puisque le motif « suspendu » est entièrement construit autour des armes de France, accostées du sceptre et de la main de la justice, qui occupent la partie centrale tandis que des guirlandes, retenues par des coqs têtes en bas, sont disposées en partie haute. Détail pittoresque, le motif est sommé d’une couronne de plumes. Enfin, symbolisant la justice royale et le caractère divin de la monarchie, l’écusson est complété soit de la croix du Saint-Esprit (les Arts, les Sciences, la Guerre) soit de la balance (l’Agriculture, le Commerce et la Marine).

Le thème général est avant tout donné par le motif « posé », formé par un trophée soutenu par des putti dont les corps se perdent dans des rinceaux de feuilles. Ici, un buste de sculpteur, là un trophée d’armes, ailleurs une étrave de navire. Mais les attributs, d’une grande variété, sont aussi dispersés dans les frises guirlandes : accessoires du peintre et de l’architecte, instruments du musicien, outils du sculpteur mais aussi du jardinier, machines de levage et d’expérimentation, instruments de mesure et d’observation, tout ce que comptait la société du siècle des Lumières, dans les formes les plus avancées comme dans les plus traditionnelles, est représenté dans ces décors.

Contrairement au goût rocaille où, dans la tradition du siècle précédent, le sens est donné par l’allégorie ou par la représentation d’une action à grand renfort de figures, souvent de putti, c’est l’objet seul qui suffit à personnifier le thème, dans une approche plus scientifique que lyrique.

La cheminée

Une remarquable cheminée que le roi voulut de marbre griotte d’Italie, décorée de superbes bronzes dorés, est surmontée d’une grande glace qui se reflète à l’infini dans celle placée en vis-à-vis ; comme cette dernière, elle est encadrée d’une bordure sculptée. De chaque côté de la cheminée, deux placards complètent la pièce, dont celui de droite masquait la chaise percée à l’anglaise.

La richesse extrême de la cheminée tient au fait que les ornements en bronze doré sont distribués à la fois sur le chambranle et sur les jouées. Les piédroits à consoles sont décorés en partie haute de feuilles d’acanthe d’où semble tomber des chutes de feuilles. Le linteau comporte une frise de rinceaux se déroulant à partir d’une tête masculine – probablement Apollon, ceinturée par une fine bordure à feuille d’eau. Les dés d’extrémité sont occupés par des têtes de lion. Le décor se poursuit avec une même prodigalité sur les jouées.

On retrouve ainsi en haut une frise de rinceaux similaire à celle de la façade principale. Mais surtout, la partie centrale accueille une composition de branches croisées suspendues à un cordon noué autour duquel s’enroule un serpent, qui servait de croissant pour accrocher pelles et pincettes. Une couronne de fleurs en marque le cœur.

La serrurerie

Faisant écho à la richesse des bronzes dorés de la cheminée, les éléments de serrurerie de la garde-robe sont aussi d’une qualité exceptionnelle. Ils furent probablement ciselés et dorés par Pierre Gouthière. Les coffres de serrures, ceinturés par un rang de perles et patenôtres sont ornés au centre par des monstres ailés pris dans des rinceaux que l’on croirait dessinés par l’ornemaniste Dugourc. Les espagnolettes ne sont pas en reste : qu’ils s’agissent des tiges ou des poignées, il ne subsiste pas un seul endroit qui n’a pas été travaillé et qui n’a pas reçu une ornementation délicate.

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