Être et paraître, la vie aristocratique au XVIIIe siècle

Trésors cachés du musée national de la Renaissance
Jusqu’au 29 novembre 2015

Fait-on vraiment attention aux objets qu’on utilise quotidiennement? Même ceux-ci, chefs d’œuvre des arts décoratifs, ont pu être manipulés avec désinvolture par leurs aristocratiques propriétaires. Ils ont pourtant joué un rôle important dans la mise en scène des « grands ». Et ceux qui les ont fabriqués y ont mis tout leur soin, tout leur art. Tout comme les conservateurs et restaurateurs des musées d’aujourd’hui prennent soin de préserver ces charmants (et coûteux) caprices. L’occasion est belle : ces trésors cachés des collections du musée national de la Renaissance trouvent jusqu’à l’automne un écrin au château de La Roche Guyon, et ces petites merveilles privées, le regard du public.

Nécessaire de poche, XVIIIème. © musée national de la Renaissance, château d'Ecouen, RMN-GP
Nécessaire de poche, XVIIIème.
© musée national de la Renaissance, château d’Ecouen, RMN-GP

Sortis exceptionnellement des réserves du musée national de la Renaissance, des objets d’art du XVIIIe siècle retracent en dix tableaux les thèmes majeurs de la vie aristocratique à l’époque des Lumières.

Au travers de quatre-vingt-cinq oeuvres, le quotidien de l’aristocratie du XVIIIe siècle revit dans les grands salons du château de La Roche Guyon ornés de leurs lambris d’époque et dépourvus de mobilier.

Cette nouvelle exposition nous rapproche un peu plus de la vie aristocratique au dix-huitième siècle.  L’exposition, articulée en dix vitrines, nous fait entrer dans l’intimité de ces grands seigneurs, à la toilette, à table, à l’heure des jeux et divertissements, priser et fumer, ouvrages de dames, prières et dévotions, armes d’apparat et chasse. dans cette « douceur de vivre » d’avant la Révolution dont parlait avec nostalgie Talleyrand.

Bésicles et étuis, XVIIIème. © musée national de la Renaissance, château d'Ecouen, RMN-GP
Bésicles et étuis, XVIIIème.
© musée national de la Renaissance, château d’Ecouen, RMN-GP

Cette présentation, entend faire comprendre la fonction de ces objets, la préciosité de leur décor et leur utilisation. Elle propose une autre approche des arts décoratifs non fondée sur l’évolution des styles et des techniques mais sur l’histoire des civilisations et des mœurs.

Voilà longtemps que ces objets n’ont plus vu le jour : hérités de généreux donateurs avec d’autres objets d’art décoratif, ils ont quitté le musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, pour les réserves du château d’Écouen, musée national de la Renaissance, ils avaient peu de chance d’être exposés, ne correspondant pas à la période.

Il fallait trouver le bon endroit et le bon moment pour faire partager au public ces richesses secrètes. Le château de La Roche-Guyon avait doublement vocation à les recevoir, le temps d’une exposition, du fait de son voisinage avec Écouen, et surtout du fait de son histoire : né au dixième siècle, il a connu une période particulièrement brillante au XVIIIe siècle.

Poire à priser, XVIIIème © musée national de la Renaissance, château d'Ecouen, RMN-GP
Poire à priser, XVIIIème
© musée national de la Renaissance, château d’Ecouen, RMN-GP

Malgré les guerres, malgré la vente du mobilier en 1987, le château de La Roche-Guyon garde, à côté de son caractère majestueux, les traces de cette « douceur de vivre ». Même si les appartements dits « de commodité » du pavillon d’Enville, en mauvais état, ne sont pas ouverts à la visite, il nous reste les salons et petits salons pour nous raconter une vie paisible, digne, raffinée. Et ce raffinement fait partie de l’esprit des Lumières comme le goût des sciences ou du théâtre. L’art de la verrerie, de l’orfèvrerie, le travail des manufactures figurent en bonne place dans l’Encyclopédie, à égalité avec ce que nous appellerions les sciences dures ou avec la philosophie.

Dans cette utopie vécue qu’est le château des La Rochefoucauld dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec la modernité de ses nouveaux bâtiments et de son mobilier (il reste les cadres des tapisseries, réalisés par Nicolas Heurtaut), ses jardins expérimentaux, ses innovations sociales, le luxe « naturel » des grands, en ce qu’il célèbre la très haute qualité des savoirs faire et des techniques, prend place dans une vision humaniste et progressiste globale.

En savoir plus:

http://www.chateaudelarocheguyon.fr/