Dessiner pour bâtir, le métier d’architecte au XVIIème siècle

Lemercier, Le Vau, Mansart… ces quelques grands noms incarnent la gloire des architectes français du XVIIe siècle. Leur célébrité individuelle, liée à des édifices et à des commanditaires particulièrement prestigieux, cache en réalité une autre histoire : derrière leurs figures emblématiques, c’est tout un groupe professionnel qui émerge des anciens métiers du bâtiment, pour transformer en profondeur la pratique des arts et de la construction en France.

À travers près de deux cents œuvres et documents exceptionnels, l’exposition Dessiner pour bâtir. Le métier d’architecte au XVIIe siècle explore les enjeux sociaux, culturels et artistiques de l’affirmation de l’architecte moderne en France, depuis le temps de Henri IV jusqu’à celui de Louis XIV. La question du statut, de la position sociale et de la culture des maîtres d’œuvre devient essentielle, en ce siècle qui voit les débuts de l’enseignement académique de l’architecture et la constitution de véritables carrières pour les architectes praticiens.

Vue perspective et plan du rez-de-chaussée du château de Berny par François Mansart (dessin contractuel, 1623).
© Archives nationales/ Carole Bauer

L’exposition a également pour ambition de rendre compte de la pratique de l’architecture à travers les dessins, qui, depuis la première esquisse jusqu’aux belles feuilles de présentation, sont le moyen d’expression privilégié des architectes. Leur examen révèle non seulement l’évolution des pratiques graphiques au cours du siècle, mais aussi la diversité des personnalités artistiques de leurs auteurs. Les documents techniques ou contractuels, dessins d’exécution et maquettes, toujours plus nombreux et divers, témoignent, quant à eux, des responsabilités croissantes du maître d’œuvre, aussi bien formelles et techniques que juridiques et économiques.

L’exposition Dessiner pour bâtir. Le métier d’architecte au xviie siècle permet ainsi de dresser, à petites touches, un portrait collectif des architectes du Grand Siècle, professionnels et artistes tout à la fois.

Bénéficiant d’un partenariat exceptionnel avec le Nationalmuseum de Stockholm et de prêts de nombreuses institutions publiques et collectionneurs privés, l’exposition Dessiner pour bâtir. Le métier d’architecte au xviie siècle présente des documents de tous types : dessins, tableaux, estampes, livres, manuscrits autographes et objets d’art. Elle comporte notamment une sélection de dix-sept feuilles en provenance de Stockholm, représentatives de  l’extraordinaire richesse des collections suédoises, ainsi que quatre ensembles d’instruments de dessin en argent et en or, illustrant l’excellence des ateliers de fabrication parisiens sous Louis XIV. Pour certains inédits et jamais exposés, ce sont les plus anciens exemples d’instruments de dessin en métaux précieux connus en France.

Parcours de l’exposition

Quelques grands noms, Lemercier, Le  Vau ou Mansart, suffisent aujourd’hui à incarner dans la mémoire collective le prestige des architectes français du xviie siècle. Leur célébrité individuelle, liée à des bâtiments et à des commanditaires particulièrement prestigieux, cache en réalité une autre histoire : celle des changements de la pratique des arts et de la construction en France, depuis le règne de Henri IV jusqu’à celui de Louis XIV. Derrière ces figures emblématiques, c’est en fait tout un groupe professionnel qui émerge alors des anciens métiers du bâtiment, pour occuper une place nouvelle dans la société. À travers quelque cent soixante-dix œuvres et documents exceptionnels, issus d’archives publiques, de musées français et étrangers et de collections particulières, l’exposition Dessiner pour bâtir. Le métier d’architecte au xviie siècle explore les enjeux artistiques et culturels de l’affirmation de l’architecte moderne dans la France du Grand Siècle.

Le métier : être architecte

La première section, intitulée « Le métier : être architecte », est consacrée à la vie et à la carrière des architectes praticiens. Elle éclaire successivement l’évolution de leur statut professionnel, leur formation technique et artistique, ainsi que les changements du cadre institutionnel survenus sous Louis XIV avec la création de l’Académie de France à Rome et de l’Académie royale d’architecture à Paris. Riche de nombreux documents d’archives et d’ouvrages imprimés, cette présentation est accompagnée de portraits peints et gravés incarnant des figures représentatives de la profession et mettant en valeur la mutation de leur image dans la société.

© Archives nationales – Nécessaire de dessin

Le dessin : expression du projet 

La deuxième section, « Le dessin : expression du projet », illustre l’invention architecturale à travers une sélection d’œuvres graphiques, présentées suivant une progression chronologique. Regroupés tantôt par architectes, tantôt par dossiers thématiques (le palais du Luxembourg, les Bâtiments du roi sous Colbert, l’église royale des Invalides), les dessins ont été sélectionnés pour leur qualité et leur variété du point de vue de l’exécution graphique et beaucoup d’entre eux sont inédits ou n’ont jamais été exposés. Dans le cadre d’un partenariat exceptionnel avec le Musée national de Stockholm, une vingtaine de pièces sont tirées des riches collections suédoises, dont certaines n’ont pas été vues en France depuis leur vente sous Louis XIV et Louis XV. L’examen des dessins conduit à s’interroger sur leur statut, leurs fonctions et les conditions de leur production par les architectes et leurs collaborateurs, afin de dépasser la valeur illustrative à laquelle on les limite trop souvent. Afin de mettre en valeur la matérialité des œuvres et les progrès techniques que connaissent les arts graphiques à Paris au xviie siècle, de rares instruments de dessin en or et en argent sont exposés, accompagnés d’un dispositif multimédia pour en montrer l’utilisation pratique.

Le chantier : à pied d’œuvre

Intitulée «  Le chantier  à pied d’œuvre  », la troisième et dernière section donne à voir de manière très concrète de quelle manière l’architecte s’implique dans le processus de construction  : depuis les relations avec les commanditaires, en passant par la présence sur le chantier, la préparation des documents contractuels ou la confection de maquettes et de dessins d’exécution, jusqu’à la réception et au relevé des ouvrages achevés. Derrière la figure de l’architecte-concepteur se profilent alors celles des architectes-conducteurs, des contrôleurs et des experts, dont le rôle et le statut s’affirment progressivement au cours du siècle.
En guise d’épilogue, l’exposition se conclut par la présentation chronologique d’un grand chantier parisien du règne de Louis XIV : le collège Mazarin, dit des Quatre-Nations, actuel palais de l’Institut de France. La documentation écrite et graphique exceptionnelle conservée par les Archives nationales permet d’éclairer en détail le rôle de l’architecte, depuis la conception du projet jusqu’à son exécution, mettant ainsi en évidence la complémentarité entre histoire de l’art et histoire de la construction.

Précieux instruments de dessin

La pratique du dessin en France au xviie siècle est mal connue, car elle avait pour cadre l’atelier des artistes et n’était pas enseignée. Les portraits peints et gravés représentent souvent les architectes avec leurs compas, règles, porte-crayon ou tire-ligne à la main, mais très peu d’objets originaux ont été conservés.
Grâce à la générosité d’un collectionneur privé et à un prêt du musée du Louvre, l’exposition Dessiner pour bâtir met en lumière cet aspect méconnu de l’activité des architectes du Grand Siècle : quatre ensembles d’instruments de dessin, en argent et en or, sont ainsi présentés, pour illustrer l’excellence des ateliers de fabrication parisiens sous Louis XIV. Pour certains inédits et jamais exposés, ce sont les plus anciens exemples d’instruments de dessin en métaux précieux connus en France. Des films, projetés dans le parcours d’exposition, montrent en outre l’utilisation pratique de ces objets pour la confection des dessins.

En savoir plus

Dessiner pour bâtir, le métier d’architecte au XVIIème siècle

Jusqu’au 12 mars 2018 – Hôtel de Soubise

http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr