De la demeure au musée. Photographies de l’hôtel particulier du comte Moïse de Camondo en 1936.

Le musée Nissim de Camondo est inauguré le 21 décembre 1936, soit un peu plus d’un an après le décès de son légataire, le comte Moïse de Camondo (1860-1935). Rédigé en 1924, le testament de ce dernier est très précis et soumet le legs à des conditions formelles, parmi lesquelles figure l’organisation du futur musée.

Il est notamment mentionné : « […] L’aménagement intérieur de l’Hôtel devra être maintenu tel qu’il sera à mon décès, c’est-à-dire qu’aucun meuble ou objet d’Art ne devra être déplacé sauf certains sièges ou petites tables qui pourraient gêner la circulation du public mais qui devront rester dans la même pièce. Il faudra, autant que possible, éviter la pose de mains courantes, comme cela se pratique actuellement dans les Musées Nationaux, afin de permettre aux visiteurs de voir les objets plus à leur aise et aussi de ne pas détruire l’harmonie actuelle de l’Hôtel. […] J’entends que le portrait de mon Père par Carolus Duran et les diverses photographies de mon fils qui se trouvent posées ou accrochées dans diverses pièces de l’hôtel restent toujours à leurs places actuelles. »

Vue du vestibule en 1936, , musée Nissim de Camondo

Au début de l’année 1936, des photographies sont faites de chacune des pièces de l’hôtel et de certaines œuvres. Un châssis est spécialement installé dans la cour du musée pour suspendre les tapis et les photographier. Un album réunissant certains de ces clichés est offert à Béatrice Reinach en mars 1936 : « […] ces belles images sont un précieux souvenir ; elles reproduisent avec une fidélité surprenante les différents aspects de la maison […] » (Paris, Les Arts Décoratifs, AMNC, dossier Donation, 18 mai 1936).

Vue du vestibule en 2013 , musée Nissim de Camondo

Par la suite, l’ensemble de ces photographies – dont les négatifs nous sont parvenus – a été rassemblé dans trois albums à l’usage de la conservation du musée. Ceux-ci permettent de se représenter la demeure telle qu’elle était du temps de Moïse de Camondo. Chacun de ces clichés originaux porte un numéro le différenciant d’autres photographies prises ultérieurement.

Vingt et un tirages modernes, légèrement agrandis, sont aujourd’hui exposés dans l’ordre de la visite du musée.

L’AGENCEMENT DES SALLES EN 1936

Il respecte au plus près et avec beaucoup de rigueur les volontés du donateur. Cependant, certains aménagements ont été mis en place dès le début : « C’était une bien grande difficulté de laisser pénétrer un public, qui sera certainement nombreux, dans les salons, vastes sans doute, mais parsemés de meubles et dont les parquets sont revêtus de tapis précieux. Grâce à de légers déplacements de tapis, de sièges, effectués avec beaucoup de discrétion, nous espérons que le public circulera sans trop de peine et la maison aura gardé pourtant son aspect de très riche et très élégante habitation, en évitant le froid et la rigidité d’un musée. »

Vue du grand bureau vers la cheminée en 1936, musée Nissim de Camondo

Plusieurs tapis d’Orient sont néanmoins retirés de la présentation. Dans le catalogue du musée rédigé par Jean Messelet en 1936, ils ne sont pas inventoriés dans les collections (car jugés incompatibles avec les œuvres d’art décoratif français du XVIIIe siècle ?). Si quelques-uns sont laissés en place, d’autres sont remplacés par des tapis français, disposés dans des passages et donc difficiles à protéger.

Par ailleurs, des chemins de toile sont fixés sur certains exemplaires restés entièrement déployés afin de pouvoir marcher dessus sans les abîmer. Cette dernière disposition respecte les volontés testamentaires du donateur : « Mon hôtel est orné d’une rare collection de tapis anciens de la Savonnerie ou d’Aubusson ; j’entends que ces tapis restent tous en place chacun dans la pièce où il se trouve. Pour éviter leur usure il devra être pris certaines mesures de protection telles que de les rouler en partie aux endroits de la circulation du public, les recouvrir de chemins en toile ou tout autre procédé convenable, mais de façon qu’ils soient toujours visibles au moins en partie. »

Vue du grand bureau vers la cheminée en 2013, musée Nissim de Camondo

En outre, on remarque que quelques meubles et objets ont sans doute été repris par Béatrice Reinach car ne faisant pas partie du legs. On note aussi que des cordons de mise à distance ont été posés dès l’ouverture du musée, en dépit des dispositions testamentaires qui indiquaient de les éviter autant que possible : « […] afin de respecter la volonté du donateur, les conservateurs du musée des Arts décoratifs se sont bornés à mettre sur les objets de discrets numéros d’identification, à régler la circulation par des cordons protecteurs ». Enfin, pour des raisons de sécurité, les petits objets ont été fixés avec des fils en laiton.

Vue du mur ouest du grand salon en 1936 avec la commode à rideaux de J.-H. Riesener

Le vestibule

Pièce assez peu meublée à l’origine , avec peu d’œuvres exposées, le vestibule ne présentait pas de contraintes particulières pour la circulation des visiteurs. Il a donc conservé son aménagement initial avec le grand bureau plat de Riesener. Quelques modifications ont cependant été apportées au fil du temps car il s’agit de l’entrée du musée.

Dès l’ouverture en 1936, le grand tapis d’Orient a été remplacé par un exemplaire de la manufacture de Beauvais (CAM 19) qui se trouvait alors dans la galerie du rez-de-chaussée haut. Ce dernier a été mis en réserve en 2003 afin de le protéger de la lumière et de la poussière.

Vue du grand salon vers la cheminée en 1936, musée Nissim de Camondo

La salle à manger 

Cette grande pièce qui ouvre par cinq portes-fenêtres sur le jardin servait de cadre aux déjeuners que Moïse de Camondo donnait occasionnellement. Couverte d’un tapis de la manufacture de Beauvais ) – actuellement en réserve, car très abîmé -, la table  possède deux allonges aujourd’hui présentées. La table ronde dont la présence est avérée dans cette pièce par l’inventaire dressé en 1932 a donc été volontairement retirée pour la photographie.

Disposée devant les portes-fenêtres de part et d’autre de la fontaine en marbre, la paire de tables servantes de Weisweiler est aujourd’hui placée entre les deux tables en acajou pour éviter des manipulations quotidiennes. On lui a adjoint le rafraîchissoir de Canabas ) présenté auparavant dans le cabinet des porcelaines. Exposées par roulement, les magnifiques pièces d’orfèvrerie de table sont protégées par des cloches transparentes.

Vue du grand salon en 2013, , musée Nissim de Camondo

Le petit bureau 

Cette pièce aux murs tendus d’étoffe cramoisie a été aménagée par Moïse de Camondo à la manière d’un cabinet de peintures. Les changements provoqués par la transformation de l’hôtel en musée sont ici peu perceptibles.

Afin de dégager un passage pour les visiteurs, le tapis a été légèrement décalé vers la cheminée. Quelques fauteuils du mobilier de salon ont été
mis en réserve pour ne pas surcharger la pièce. Très proche du public, la table « à la Bourgogne »  a été déplacée vers le milieu du tapis. Ce meuble
mécanique exceptionnel est présenté fermé, mais le public peut l’admirer ouvert à dates régulières. Les objets qui l’ornaient sont maintenant exposés sur le bureau plat  et la table d’en-cas . Sur la commode marquetée
de Roger Vandercruse, la paire de candélabres en argent  disposée de part et d’autre du buste de Marguerite Le Comte  a été mise en réserve.

Vue du salon des Huet vers la galerie du rez-de-chaussée haut en 1936,
musée Nissim de Camondo

Aux murs, les esquisses de Jean-Baptiste Oudry sont accrochées dans une composition très ordonnée. La neuvième esquisse qui complète cette
série n’avait pu être achetée par Moïse de Camondo. Acquise par dation en 2002 par le musée des Arts décoratifs, elle a été placée sur le mur de gauche, dans le respect du goût du collectionneur.

Maintenir la présentation d’origine tout en l’adaptant aux normes de sécurité et de conservation préventive s’est ainsi révélé une tâche exigeante et complexe pour transmettre aux générations futures ce lieu d’exception sans en trahir l’esprit.

Vue du salon des Huet vers la galerie du rez-de-chaussée haut en 2013, musée Nissim de Camondo

Le grand bureau 

Ce vaste salon dont les boiseries en chêne naturel encadrent des tapisseries d’Aubusson figurant des fables de La Fontaine a été photographié sous trois angles différents. Pour ménager un passage aux visiteurs, le grand tapis d’Aubusson a été partiellement roulé, inversé de sens et décentré. La paire de fauteuils Louis XVI couverts en velours foncé a été retirée, car elle ne faisait pas partie de la donation.
En raison de sa fragilité et de la difficulté de la protéger du vol, la jatte en porcelaine de Chantilly  posée sur la table rectangulaire en cabaret  a été mise en réserve et remplacée par une écritoire .

Attribuée à David Roentgen, la table à la Tronchin  qui se trouvait devant la porte-fenêtre du côté du grand salon, est exposée depuis sa restauration en 2002 à l’entrée du grand bureau afin d’éviter son déplacement quotidien lié à l’ouverture et fermeture des volets. Sur son plateau en acajou, est présenté comme à l’origine, le coffret à bijoux  attribué au même ébéniste.

Vue de la salle à manger en 1936, musée Nissim de Camondo

La disposition des sièges a été légèrement modifiée. Couverte en satin brodé, la bergère à la reine de Chevigny  qui était dans l’alcôve, est désormais placée près de la paire de fauteuils du même menuisier , du côté de la cheminée. Depuis la restauration de leur couverture en tapisserie d’Aubusson, deux des huit chaises à la reine de Foliot  sont aujourd’hui présentées.

Dans l’alcôve, sur le dessus du gradin du secrétaire à cylindre de Saunier , la garniture en porcelaine de Niderviller a été protégée du vol et de la poussière par une cloche en verre. Disposée devant la porte-fenêtre à droite de cette alcôve, la table à écrire  sur laquelle est posé un téléphone a été mise en réserve par mesure de conservation préventive. Le lambrequin et les rideaux en lampas à fond rouge ont été déposés et retissés à l’identique en 1987.
Enfin, les stores bouillonnés en soie ont été retirés et jamais remplacés.

Vue de la salle à manger en 2013, musée Nissim de Camondo

Le grand salon 

C’est dans ce luxueux salon au décor de boiseries blanc et or que Moïse de Camondo a choisi de présenter de nombreux chefs-d’œuvre de sa collection.
Pour dégager le passage des visiteurs, le tapis de la Savonnerie et quelques sièges ont été décalés vers le mur. La table à écrire de Riesener a été déplacée vers la gauche de la cheminée. Devant les portes-fenêtres, les quatre chaises d’Henri Jacob ont été mises en réserve en raison de leur état
de conservation médiocre. Détériorée suite aux déplacements dus à l’ouverture et fermeture des volets, la table à déjeuner de Riesener  a été restaurée. Actuellement en réserve, une juste restitution de cette dernière est à l’étude.

Vue de la galerie du rez-de-chaussée haut en 1936, , musée Nissim de Camondo

Jugée moderne dès 1936, la paire d’encoignures de Saunier  a longtemps été retirée du grand salon. Depuis sa restauration qui a permis de découvrir l’estampille du célèbre ébéniste, elle est à nouveau présentée. Pour des raisons de sécurité, certains objets d’art ont été mis en réserve ou changés de place comme la paire de vases en bois pétrifié ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette, aujourd’hui exposée sur la paire de bas d’armoire de Weisweiler , de part et d’autre de la cheminée.

Vue de la galerie du rez-de-chaussée haut en 2013, musée Nissim de Camondo

Le salon des Huet 

De forme hexagonale, ce salon a été conçu pour présenter les compositions des pastorales peintes par Jean-Baptiste Huet. Etant donné la disposition du mobilier, on comprend les difficultés auxquelles ont été confrontés les conservateurs pour permettre la circulation du public, tout en conservant l’harmonie et la symétrie de cet aménagement.

Le tapis qui se trouvait dans le passage vers ce salon a été transféré dans le dégagement inaccessible au public, situé entre le grand salon et le
grand bureau. A l’origine sur la console, la pendule au Chinois a été déplacée sur l’un des bas d’armoire  du salon des Huet.

Le passage des visiteurs ménagé le long des fenêtres a entraîné plusieurs bouleversements notables. Le paravent de Boulard  a été déployé
vers la porte qui donne sur la galerie, en face de son emplacement d’origine. Le tapis de la Savonnerie  a été légèrement repoussé et le secrétaire à cylindre d’Œben  placé en biais pour en faciliter l’observation. Enfin, les deux bergères de Sené  ont été disposées de part et d’autre du paravent.

Tous les objets proches des visiteurs ont été déplacés par mesure de sécurité.
D’autres ont été mis en réserve comme la paire de flambeaux en argent doré  de l’orfèvre François-Thomas Germain  et les trois petites coupes en porcelaine blanche de Chine, disposées sur le dessus du gradin du secrétaire à cylindre d’Œben, furent protégées par une cloche en verre jusqu’aux années 1970, puis retirées par souci de sécurité et présentées dans une vitrine blindée, destinée à l’orfèvrerie. Ces œuvres se trouvent actuellement en réserve.

Retissés dans les années 1950, les rideaux en faille bleue ont été remplacés par des exemplaires en taffetas en 2005.

En savoir plus:

Exposition présentée jusqu’ au 10 septembre 2017
Musée Nissim de Camondo, 63 rue Monceau, 75017 Paris

http://www.lesartsdecoratifs.fr