Charmants biscuits – Bergers, rois et déesses au temps de Stanislas

Le musée de la Céramique et de l’Ivoire de Commercy expose un ensemble remarquable d’une cinquantaine de statuettes lorraines en biscuit des XVIIIe et XIXe siècles appartenant aux collections du palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain de Nancy. Crieurs des rues, scènes galantes, amours des dieux, portraits…. les sujets pittoresques de ces biscuits leur ont assuré un succès immédiat et durable dans toute l’Europe. À la tête de sa manufacture de Lunéville, Paul-Louis Cyfflé (1724-1806), sculpteur du roi Stanislas Leszczynski, porte ce type de petite statuaire à un grand degré de virtuosité en travaillant une pâte à la composition mystérieuse…

À l’occasion de leur présentation, les pièces ont fait l’objet d’une campagne de restauration, offrant aux visiteurs la possibilité d’en découvrir toute la subtilité, la finesse et le charme !

Exposition Charmants Biscuits from Département de la Meuse on Vimeo.

QU’EST-CE QU’UN BISCUIT ?
Le biscuit est une pièce en terre cuite non émaillée caractérisée par son aspect blanc et mat. Le mot biscuit viendrait de l’italien biscotto qui, dans les faïenceries italiennes de la Renaissance, désignait la pâte dont l’aspect rappelait celle utilisée par les pâtissiers pour réaliser les biscuits.

Parcours de l’exposition.

Au XVIIIe siècle, la Lorraine est la première région faïencière de France avec une cinquantaine de centres céramiques établis sur son territoire. Les statuettes en biscuit sont des pièces produites en série dont la réalisation nécessite un modèle et un jeu de moules.

À la tête de sa manufacture de Lunéville, Paul-Louis Cyfflé (1724-1806), ancien sculpteur de Stanislas Leszczynski, porte ce type de petite statuaire à un grand degré de virtuosité. Les objets placés sur des meubles, sous des cloches de verre ou utilisés comme ornements de table se diffusent dans toute l’Europe.

Le propos de l’exposition Charmants biscuits. Bergers, rois et déesses au temps de Stanislas permet aux visiteurs d’appréhender la technique de réalisation des statuettes en biscuit et la grande variété des sujets traités avec six grandes thématiques : les petits métiers, les scènes galantes, la mythologie, les sujets littéraires, religieux et les portraits de personnages contemporains.

Manufacture de Niderviller, La Ravaudeuse et Le Savetier, biscuit de porcelaine, fin du XVIIIe – début du XIXe siècle

– Les petits métiers –

La vie populaire est abordée à travers la représentation des petits métiers du XVIIIe siècle, inspirés par les Cris de Paris ou observés sur le vif.  Les « cris de Paris » sont des expressions de vente à la criée employées par les marchands ambulants qui exerçaient leurs activités dans les rues de la capitale depuis le Moyen Âge. Paul-Louis Cyfflé a pu également côtoyer des crieurs de rues à Nancy ou à Lunéville.

Marqués par un grand réalisme, les sujets les plus célèbres sont ceux du Savetier et de La Ravaudeuse dont de nombreuses variantes ont été éditées dans les manufactures de Lunéville, Saint-Clément, Toul-Bellevue et Niderviller.

Manufacture de Lunéville, L’Agréable leçon, biscuit de terre de pipe améliorée, dernier tiers du XVIIIe siècle

UN FRAUDEUR À LUNÉVILLE ?

L’emploi de la porcelaine dure à base de kaolin, une argile très blanche, étant réservé à la Manufacture royale de Sèvres, les faïenceries lorraines se lancent dans la fabrication de pâtes céramiques à l’aspect proche de la porcelaine.
Jacques Chambrette développe à Lunéville la « terre de pipe », à base de terre de Cologne et de craie tandis que Paul-Louis Cyfflé utilise jusqu’à
cinq recettes différentes. Il baptise sa composition « pâte de marbre » et marque ses pièces avec les mentions « TERRE DE LORRAINE », « T.D.L. » ou
« CYFFLÉ À LUNÉVILLE ».
Il aurait même utilisé du kaolin, transgressant l’interdiction royale de produire des biscuits de porcelaine dure..

– L’art d’aimer –

Les relations amoureuses dans un cadre champêtre et idéalisé inspirent les artistes du XVIIIe siècle. Le théâtre met en scène des couples de bergers et de bergères dans des intrigues sentimentales aux accents érotiques. Traduites en peinture, ces pastorales se diffusent par la gravure et sont à l’origine de la création de statuettes.

Les manufactures lorraines s’emparent de ces sujets galants. L’agréable leçon, tiré du tableau de François Boucher gravé par René Gaillard, donne
naissance à un groupe de Paul Louis Cyfflé à Lunéville puis est repris dans les manufactures de Toul-Bellevue, Saint-Clément et Niderviller.

Manufacture de Lunéville, Vénus et Adonis, biscuit de terre de pipe, fin du XVIIIe siècle ou début du XIXe siècle

– L’amours des dieux – 

Les statuettes mythologiques sont souvent réalisées d’après les récits des Métamorphoses d’Ovide, poème latin qui conte les amours des dieux de la
mythologie gréco-romaine.
La représentation des sujets antiques permet de valoriser une nudité esthétique et une dimension galante qui  séduisent  les collectionneurs du XVIIIe siècle. Dans les Fastes, Ovide narre un épisode burlesque dans lequel le héros Hercule, esclave  puis époux de la reine de Lydie Omphale, revêt les vêtements de son épouse.

Manufacture Cyfflé à Lunéville ou de Toul-Bellevue, Henri IV et Sully, biscuit de terre de pipe, dernier tiers du XVIIIe siècle

– Littérature et sculpture- 

Les succès littéraires sont une source d’inspiration pour les artistes au XVIIIe siècle. Les manufactures lorraines traduisent en biscuit des scènes de romans et de comédies alors célèbres comme La partie de chasse de Henri IV de Charles Collé, Bélisaire de JeanFrançois Marmontel, censuré par la Sorbonne mais soutenu par Voltaire, ou des amours du chevalier croisé Renaud et de la magicienne Armide tirées de La Jérusalem délivrée du Tasse.

Manufacture Cyfflé à Lunéville ou de Toul-Bellevue, Sainte Geneviève, biscuit de terre de pipe, dernier tiers du XVIIIe siècle

– « Pour la plus grande gloire de dieu» –

Certaines œuvres en biscuit rappellent que la Lorraine a été dès le XVIe siècle une terre de reconquête catholique. Depuis le Concile de Trente, l’Église met en avant le culte des saints remis en cause par les protestants. Il n’est donc pas étonnant de trouver des Nativités et de nombreuses figures de saints, bénitiers ou crucifix dans les catalogues des manufactures de Niderviller et de Toul-Bellevue.

Manufacture Cyfflé à Lunéville, Stanislas Leszczynski, biscuit de porcelaine hybride, vers 1776

– Souverains et artistes –

Les manufactures lorraines réalisent des portraits des proches de la cour de Lunéville. Les rois Louis XV et Louis XVI, les reines Marie Leszczynska et Marie-Antoinette, l’empereur Joseph II sont ainsi immortalisés. Le chancelier Chaumont de La Galaizière, chargé de préparer la réunion de la Lorraine à la France, et des artistes comme Voltaire, hôte de Stanislas à Lunéville, son grand rival Rousseau, Molière ou La Fontaine sont aussi représentés.

En 1776, Cyfflé offre à la Société Royale des Sciences, Arts et Belles Lettres une grande statuette représentant Stanislas Leszczynski, dernier duc de Lorraine mort dix ans plus tôt. Le sculpteur reçoit en remerciements le prix des Arts de cette académie qui couronne un « artiste connu par des productions où règnent le goût et le génie ». Contemporain de la liquidation de sa manufacture et de son départ définitif pour les PaysBas, ce chef-d’œuvre constitue le chant du cygne de Cyfflé en Lorraine.

Manufacture de Niderviller, Les Petits pêcheurs ou La Chamaille pour un poisson, biscuit de porcelaine noire, début du XIXe siècle

– Autres gourmandises –

Les biscuits ne représentent qu’un pan spécifique de la production. Les manufactures de Lunéville, Saint-Clément, Toul-Bellevue et Niderviller façonnent également des petites statuettes en faïence, en porcelaine émaillées et polychromes ainsi que de rares et étonnantes terres noires.

En savoir plus:

Lieu: Musée de la Céramique et de l’Ivoire, Commercy

Date: jusqu’au 27 octobre 2019

Site: https://www.musee-lorrain.nancy.fr

 

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