Cent portraits pour un siècle. De la cour à la ville sous les règnes de Louis XV et Louis XVI.

Parce qu’il est riche de près de cinquante portraits peints et dessinés et qu’il est largement consacré à l’art de vivre au XVIIIe siècle, le musée Lambinet était le lieu idéal pour accueillir Cent portraits pour un siècle. De la cour à la ville sous les règnes de Louis XV et Louis XVI. Cette exposition rassemble une sélection d’œuvres issues de l’exceptionnelle collection privée réunie par le « Conservatoire du portrait du XVIIIe siècle » (CPDHS).

Élisabeth Louise VIGÉE LE BRUN (Paris, 1755 – Paris, 1842)
Marie-Antoinette (1755 – 1793), reine de France

Depuis plus de trente ans, le conservatoire du portrait du XVIIIe siècle s’efforce de réunir les effigies des contemporains de Louis XV et de Louis XVI. C’est une quête permanente afin d’identifier les modèles dont les noms ne sont pas toujours conservés ou dont les identités se révèlent erronées.

L’attrait marqué pour la famille royale a permis année après année de réunir pratiquement tous les visages des proches de Louis XV et de Louis XVI. Les noms des plus grands artistes, tels Louis-Michel Van Loo, Joseph-Siffrède Duplessis ou Elisabeth Vigée Le Brun, côtoient ceux de maîtres beaucoup moins célèbres, à l’exemple du Chevalier de Lorge ou d’Adelaïde Hubert. C’est là l’une des caractéristiques de cette galerie de portraits, car jamais l’artiste n’y a été privilégié par rapport au modèle.

Charles-Philippe de Bourbon, comte d’Artois (1757-1836)
Pastel sur papier marouflé sur toile tendue sur châssis

Assurément, le XVIIIe siècle fut le siècle du portrait. Chacun désira avoir sa propre image afin de témoigner de son assise sociale, de sa réussite ou bien des sentiments qu’il développait pour le destinataire de l’effigie. C’est pourquoi le genre fut pratiqué par de si nombreux artistes.

Spécialistes, amateurs et grand public trouveront dans l’exposition et dans l’ouvrage qui l’accompagne une occasion unique de partir à la rencontre de ces cent personnages représentatifs de la cour de Louis XV et de Louis XVI, ainsi que de la vie d’une ville qui lui était alors étroitement associée.

René-Remi-Fursy DESCARSIN (Chauny, 1746 ou 1747 – Nantes, 1793)
Charles René Fourcroy de Ramecourt (1715 – 1791)

Créé il y a vingt ans, le « Conservatoire du Portrait du Dix-Huitième Siècle » (CPDHS) s’est donné pour mission de rassembler la plus large documentation sur la société européenne du Siècle des Lumières, sur ses effigies et sur ses portraitistes. Outre les ouvrages anciens et contemporains dédiés au sujet qui ont été réunis, des dossiers ont été établis par nom d’artiste et par nom de personnage représenté.

Ainsi du maître le plus renommé au portraitiste le plus obscur, peintres, pastellistes, dessinateurs, miniaturistes ou sculpteurs, ont tous leur place. Au sein de chaque dossier on trouve en particulier des reproductions des portraits passés en vente depuis vingt-cinq ans.

Elisabeth Louise VIGÉE LE BRUN (Paris, 1755 – Paris, 1842)
Louis Jean-Baptiste Etienne Vigée (1758 – 1820), frère de l’artiste

Est ainsi réunie une multitude de références et d’images pour des œuvres signées et / ou datées, mais aussi pour des œuvres anonymes qui ont été rapprochées de tel ou tel maître. Parmi tous ces portraits, le modèle a pu l’emporter sur l’artiste. En effet, la quête des visages identifiés a été permanente. À maintes reprises, le croisement de toutes les informations patiemment collectées a d’ailleurs permis de redonner un nom à certains  modèles anonymes. Rarement une initiative privée aura ainsi conduit à disposer d’une telle masse d’images et de références sur l’art du portrait à une époque donnée. Indéniablement, il s’agit d’un instrument de travail particulièrement précieux.

Cette quête incessante a également incité le Conservatoire à former depuis 1983 un ensemble de portraits peints dessinés ou sculptés qui reflètent la diversité de la société du XVIIIe siècle. Si la priorité a été donnée aux effigies de la famille royale, les membres de la cour, les personnalités parisiennes, les bourgeois de la capitale ou des villes de provinces n’ont pas été négligés. Parfois certaines œuvres ont été acquises non pas pour le personnage mais pour l’artiste. Le talent sans concession de Josef Johann Melchior Wyrsch (1732-1798) qui travailla pour la société franc comtoise, tout comme celui de Simon Pinson, documenté de 1758 à 1787, et proche collaborateur d’Alexandre Roslin, sont ainsi admirablement représentés.

Aujourd’hui révélée dans toute sa richesse à l’aide d’une centaine d’œuvres, la galerie de portraits du CPDHS apporte une idée juste du succès que rencontra ce genre dans la France et l’Europe du XVIII e siècle. Manifestation d’un besoin de paraître et de reconnaissance sociale de la part des classes enrichies, cet art connut un essor qui confina à l’omniprésence.

À l’occasion du Salon de 1769, exposition publique réunissant au Louvre les créations des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, Louis Petit de Bachaumont s’en plaignait de la sorte : « Grâce au malheureux goût du Siècle, le Salon ne sera plus insensiblement qu’une galerie de portraits. Ils occupent près d’un grand tiers de celui-ci ! Encore si l’on ne nous offrait que des hommes importants par leur état ou par leur célébrité, ou de jolies femmes du moins, ou des têtes remarquables par de grands caractères […]. Mais que nous importe de connaitre Madame Guesnon de Ponneuil, Madame Journu la mère, M. Dacy, M. le Normand du Coudray, Melle Gougy […], etc. les noms ne flattent pas plus les oreilles que les figures ne plaisent aux yeux ».

C’est pourtant à cette rencontre avec les visages du Siècle des Lumières et avec l’art du portrait que le musée Lambinet vous invite aujourd’hui. Partager la gloire des plus illustres ou le mystère des moins connus, goûter la maîtrise ou la faiblesse d’un métier pictural ou graphique, plonger son regard dans ceux du passé, sont des expériences qui, nous l’espérons, ne vous laisseront pas indifférents.

Comment peindre un bon portrait

Lorsque l’Académie royale de peinture et de sculpture établit une hiérarchie parmi les genres, soit parmi les thèmes qui pouvaient être traités par les artistes, le portrait fut classé en seconde position après les sujets inspirés par l’histoire. Ceux-ci nécessitaient en effet une connaissance de la mythologie, de l’histoire antique et religieuse, ou de l’allégorie et surtout une capacité d’invention qui n’étaient pas nécessaires pour les autres genres s’inspirant des modèles de la nature. Le portrait était cependant plus noble que le paysage, la scène de genre ou la nature morte, puisqu’il avait pour sujet le visage humain.

Pratiqué par un très grand nombre d’artistes, cet art de l’effigie n’en devait pas moins respecter des règles afin qu’il fût considéré comme réussi. Le 7 mars 1750, Louis Tocqué, portraitiste renommé, faisait part aux membres de l’académie des impératifs du genre.

En premier lieu, l’image devait être ressemblante : « Pour ne point vous éloigner du caractère de la personne que vous peignez, attachez-vous d’abord à bien rendre la charpente du visage. Ne vous écartez jamais des formes si désavantageuses qu’elles soient : la beauté du pinceau peut leur prêter des grâces. Un habile homme ne quitte jamais prise qu’il n’ait atteint ce point de ressemblance et de vérité qui toujours est son objet ».

Le portrait ne devait pas non plus être privé de psychologie : « On peut dire, je pense, que les traits du visage sont aux ordres de l’âme pour exprimer ses mouvements ».

Si la tête devait être très soigneusement traitée, le corps du modèle n’était pas dépourvu d’importance : « Le peintre de portrait ne doit pas se borner à la ressemblance du visage. La ressemblance du corps doit répondre à celle de la tête. Les corps sont presque aussi variés que les physionomies. Les mains dans un tableau concourent beaucoup à l’expression. Il serait à désirer qu’on put toujours les peindre d’après la personne même ; mais si on ne peut, il faut du moins avoir grande attention à faire choix de modèles convenables ».

Enfin, les accessoires contribuaient à la beauté de la composition et à éclairer la personnalité du modèle et sa position sociale : « …cette parfaite imitation que demande le portrait ne regarde pas seulement la figure. Tout ce qui entre dans la composition d’un portrait doit être portrait. Les peintres de portrait doivent avoir recours aux accessoires et placer ingénieusement les meubles d’espèces différentes dont ils peuvent tirer des grands effets en les groupant avec art ».

De la maîtrise de ces différentes exigences dépendait la qualité de l’œuvre. Les portraitistes y répondaient avec plus ou moins de talent.

Fixer les traits de la famille royale

Bien que le souverain et sa famille n’aient accordé que de rares et courtes séances de pose, la demande de portraits les figurant fut constante tout au long du XVIIIe siècle.

Si la préférence était accordée aux maîtres renommés appartenant le plus souvent à l’Académie royale de peinture et de sculpture, la nécessité de multiplier les images conduisait aussi à solliciter des artistes moins célèbres et par conséquent moins onéreux. Gérés par le service des Bâtiments du Roi, les Menus-Plaisirs ou le ministère des affaires étrangères, les dons étaient destinés aux ambassades, aux corps constitués, aux princes et à certaines personnalités qui en faisaient tous la demande.

Sous le règne de Louis XV, les Bâtiments du roi demeurèrent chargés des commandes des effigies du souverain et des autres membres de sa famille. Ils en assuraient le paiement. Avec Louis XVI, seul l’image du roi resta de leur compétence. Princes et princesses durent se faire portraiturer à leurs frais sur les crédits alloués au service ou maison qui assurait la gestion financière de leur quotidien. Parfois, l’œuvre offerte pouvait être payée sur la cassette personnelle du modèle portraituré.

Pour permettre cette multiplication des images, l’administration eut recours aux copistes du Cabinet du roi et des Menus-Plaisirs. Ces artistes s’appliquaient à livrer soit des copies exactes, soit des copies réduites, soit des copies partielles, soit des œuvres qui résultaient d’un travail de recomposition à l’aide de plusieurs éléments empruntés à différents portraits originaux peints par les maîtres de l’Académie. La plupart du temps, leurs œuvres reproduisaient sans variante les visages que l’on avait jugé les plus ressemblants, en particulier ceux peints par Louis-Michel Van
Loo, Maurice Quentin de La Tour, Jean-Marc Nattier ou Jean-Etienne Liotard.

Pour identifier en toute assurance les modèles de ces nombreuses copies, la connaissance de toute l’iconographie de la famille royale doit être complète, ainsi que celle des comptes des Bâtiments et des Menus-Plaisirs dont les paiements et les mémoires précisent généralement les modèles utilisés et les artistes sollicités.

En savoir plus:

MUSÉE LAMBINET
54, boulevard de la Reine 78000 Versailles
Tél. 01 30 97 28 75 – musee.lambinet@versailles.fr

EXPOSITION DU 6 NOVEMBRE 2019 AU 1er MARS 2020