Cabinet des Jeux du château de Vaux-le-Vicomte

Le Cabinet des Jeux révèle de rares décors XVIIème siècle encore d’origine.
Ouvert sur les jardins d’André Le Nôtre, le Cabinet des Jeux de Vaux-le-Vicomte, pièce très lumineuse grâce au jeu des miroirs anciens constituait, avec le Salon des Muses et le Cabinet d’Hercule, les appartements d’apparat du Surintendant où Nicolas Fouquet recevait et divertissait sa société dans une ambiance intimiste.

A Vaux-le-Vicomte, pour la première fois, Charles Le Brun a la responsabilité d’un grand chantier : son génie s’y exprime tant dans la création des décors peints que dans l’influence qu’il exerce sur le décor sculpté de la façade. Les décors de boiseries peints et dorés à l’or fin furent réalisés entre 1658 et 1660 par l’atelier de Charles Le Brun composé d’artistes italiens : légers et raffinés, ils contribuent à créer une ambiance intime et plaisante très caractéristique des Cabinets. A Vaux-le-Vicomte, ils représentent des grotesques, personnages chimériques, entrecroisés de guirlandes de fleurs et de végétaux somptueux et richement ouvragés. Ils forment un programme iconographique destiné à manifester la puissance de Nicolas Fouquet et son allégeance au roi Louis XIV.

Cabinet des Jeux du château de Vaux-le-Vicomte

Les décors peints : le bestiaire conte l’histoire de la pièce et de son hôte.

Dévolue à la détente et au temps du jeu, cette pièce possède une iconographie légère, plaisante et à visée décorative. Cependant, le message symbolique n’est jamais loin, et les animaux figurés possèdent à l’époque une signification bien différente de celle d‘aujourd’hui : ainsi une grenouille peut évoquer un mauvais poète, un « pauvre lézard », est « un misérable qui rampe », et si l’on compare un homme à un escargot, c’est qu’il est « mal fait, mal bâti ». Enfin, on dit proverbialement, qu’un homme court après les papillons, ou qu’il vole les papillons, quand il « s’amuse à des bagatelles ». De là vient qu’on dit aussi, il est « sot comme un papillon. »

Plafond du cabinet des Jeux du château de Vaux-le-Vicomte

Sur le mur Est, la scène des félins qui poursuivent le serpent et menacent l’écureuil pourrait renvoyer au soutien de Nicolas Fouquet à la cause royale et à sa loyauté envers le roi lors de l’épisode de la Fronde, période de troubles en réaction à la montée de l’autorité monarchique qui frappa la France pendant la minorité de Louis XIV.

La scène du lion et de la lionne (qui représenteraient le roi et la reine-mère) protégeant l’écureuil pourrait être une métaphore de la protection royale dont le Surintendant se croyait (à tort) assurée.

Le mur Sud pourrait figurer le triomphe de la sagesse sur les opposants, également illustré par la composition sous la fenêtre qui révèle le paon, animal attribut de Junon, sous la bonne garde de deux molosses. Les deux lionnes (sans le mâle) permettraient de représenter le triomphe de la Régence (et de la reine-mère) à l’issue de la Fronde.

Les tableaux ou le génie de Charles Le Brun.

Comme dans la galerie d’Apollon au Louvre, Charles Le Brun reprend ici au plafond l’un de ses thèmes favoris, « Le Sommeil » qui représente une femme endormie tenant en main des anémones.


Une question pourrait ici se poser : une telle iconographie du sommeil ne conviendrait-elle pas mieux à une alcôve de chambre ?
Peut-être était-ce pour signifier le repos du Surintendant, le soir, après sa journée de travail, au service de son souverain ou simplement son aspiration au sommeil après des journées harassantes au service du roi. La Fontaine parle à son sujet de « Nuit endormie ».

Ce tableau, représentant un bouquet de fleurs, est attribué à Antoine Monnoyer, maître des peintures florales : il a oeuvré à la galerie d’Apollon et à la galerie des Glaces (son atelier pourrait également avoir réalisé les guirlandes ornant les panneaux verticaux du Cabinet des Jeux).

En savoir plus:

www. https://vaux-le-vicomte.com/