La grande parade des animaux

Cette exposition explore la thématique des animaux et de leurs représentations dans les collections des musées d’Angers, avec en filigrane l’évocation de leurs relations avec l’homme.
Il s’agit d’une approche pluridisciplinaire entre art et science, à la fois iconographique et stylistique. Face à cet immense zoo virtuel mettant en scène des animaux de toutes sortes, un parcours thématique permet de découvrir plusieurs facettes : animal réel et animal symbolique, animal imaginaire et animal artistique, tout en s’attardant sur des figures emblématiques comme le chien, le cheval, le lion et le dragon, sans oublier les milieux aquatiques et aériens.

Okimono, mante religieuse, Japon, 18ème.
(c) Musée d’Angers, D.Riou.

Transversale à toutes les collections des musées d’Angers, l’exposition permet de faire découvrir des fonds méconnus : spécimens naturalisés, peintures, dessins, gravures, photographies, sculptures, objets d’art, bronzes, céramiques, tapisseries et art textile, des mondes occidentaux et extra-occidentaux, de la préhistoire à nos jours. Le principe est de faire dialoguer entre elles ces collections, en confrontant œuvres et spécimens naturels, œuvres antiques et modernes, objets d’arts occidentaux et orientaux.

L’animal réel

Le règne animal est d’abord traité de manière concrète. Les animaux sont appréhendés dans l’état le plus proche de la nature: se juxtaposent des taxidermies, technique donnant l’aspect vivant à des animaux morts, et des créations sélectionnées pour leur valeur iconographiques. Si les naturalistes et les zoologistes observent les animaux dans leur diversité, ils les décortiquent à des fins scientifiques afin de parfaire leur connaissance et de constituer des corpus comparatifs. Les artistes, eux , les étudient à des fins esthétiques en épiant leurs moindres attitudes et aspects.

Les animaux sont aussi évoqués à travers une série de typologies. Elles permettent de cerner et décliner la manière ambivalente dont les hommes les perçoivent. L’animal vif, bien vivent, contraste avec l’animal mort qui évoque en arrière-plan la notion de l’alimentation. L’animal indigène, d’ici et familier tranche avec l’animal exotique, d’ailleurs et mystérieux. L’animal domestique et proche, apprécié et vénéré, s’oppose à l’animal sauvage lointain, redouté et évité.

Canard mort suspendu.
Jean-Jacques Bachelier, 1753.
(c) RMN-grand Palais/ Benoit Touchard.

Le chien

Le chien, avec plus de deux cents races, est l’animal dont la domestication est la plus aboutie. De tous temps considéré comme le plus proche compagnon de l’homme, il incarne la fidélité. De la Grèce à la Chine et jusqu’aux Amériques, il aide le berger comme chasseur, secourt son maître blessé et le pleure une fois mort. Le lien unissant l’animal à son maître est si fort et intime que, dés le 16ème siècle, des rois et des princes commandent leurs portraits à des peintres renommés.

De célèbres chiens restent indissociables de leur maître: seul Argos reconnait Ulisse à son retour tandis que Milou seconde Tintin. L’histoire et la littérature, la bande dessinée et le cinéma les hissent au rang de protagonistes principaux, de la chienne cosmonaute Laika à croc-blanc, de snoopy à Lassie.

Les enfants de lumière.
Dom Robert.
(c) musée d’ Angers

Les poisson

Individuelle ou collectivement, les poisson sont dépeints de manière esthétique , voir poétique, dans leur lieu aquatique. Leur représentation dans le contexte terrestre renvoie cependant à leur destinée alimentaire. Des spécimens, rares en histoire naturelle, ainsi que des créations artistiques et artisanales transcrivent leurs formes ventrues ou longilignes nageoires et queues. Quand à leurs écailles, elles sont évoquées avec des couleurs restreintes et soudes, par des effets de camaïeu ou d’harmonie.

Poissons des mers et des rivières ornent des objets usuels comme des jattes, flacons et autre plats. Le japon les affectionne largement: des estampes et des tsuba ( garde de sabre) montrent des carpes et des daurades ondoyantes.

Etude de cheval, Gericault.
(c) musée d’Angers

Le cheval

Le cheval est considéré par le naturaliste Buffon comme la plus belle conquête humaine. Longtemps indispensable pour les déplacement et les activités quotidiennes, il jouit d’une image dans les sociétés ancienne et moderne.  Le cheval de trait, comme percheron, est utilisé pour l’agriculture. Le cheval de race est héroïque dans la guerres et admiré au cirque. Depuis Alexandre le Grand et Bucéphale et jusqu’au jockey contemporain, le cavalier fait corps avec son destrier. Et le portrait équestre, peint ou sculpté, reste l’archétype du portrait d’apparat depuis les modèles antiques.

Représenté sur des objets usuels, le cheval fascine les artistes par l’élégance de ses attitudes. Son anatomie est étudiée et ses mouvements traqués afin de percer le mystère de son galop.

Perdreau rouge. François Pompon.
(c) musée d’ Angers.

L’animal symbolique

Tel un totem, l’animal peut aussi revêtir une valeur symbolique. IL accède au statut d’image tout en gardant un aspect réaliste et reconnaissable. Au gré des civilisations, les hommes accordent des qualités aux animaux selon leurs caractéristiques prétendues naturelles: la force du lion, la fidélité du chien. Mais ces connotations demeurent subjectives. Tour à tour admiré ou détesté, le même animal peut renvoyer à des préjugés positifs ou négatifs. La perception évolue avec le temps, la signification change de sens . Par nature tangible, le symbolisme animalier varie.

Les formes de ce symbolisme sont diverses. Tantôt des animaux singes des hommes dans des scènes ludiques et moralisatrice. Tantôt ils deviennent des attributs divins. Les religions antiques créent de véritables panthéons animaliers de l’Egypte antique à mythologie grèco-romaine. Le monde chrétien confère aussi une place aux attributs animaliers dans les scènes bibliques de l’ancien et du nouveau testaments, les figurations du christ, des évangélistes et des saints. L’héraldique féodale et les régimes politiques déploient, eux, de véritables bestiaires allégoriques.

Le lion

Surnommé le roi des animaux, le lion majestueux symbolise la force. Ce fauve est représenté par les Égyptiens et les Grecs, sculpté en pierre au Moyen Age ou fondu en bronze à la Renaissance. Il devient même un motif décoratif dans des objets d’arts. La race que connait l’occident, au fil des siècles, est le lion de l’Atlas ( Afrique du Nord ) tel le fameux lions de Némée. Tué par Héraclès dans la mythologie grecque, sa défaite exalte la domination humaine sur la bête. La dépouille et en héraldique la force.

Pourtant, les chrétiens en font le bourreau des premiers martyrs. Et dans les contes, il est berné par des animaux plus rusés.  Sa présence est attestée dans les ménageries royales et princières pour le prestige et l’agrément, puis celles des muséums d’histoire naturelle, pour l’étude scientifique et artistiques.

L’animal imaginaire

L’ animal imaginaire n’existe pas dans l’état de nature. IL est inventé par de nombreuses civilisations dans le monde entier au cours de l’histoire. Reconnu par tous, il s’identifie immédiatement par la présence d’éléments réels. Ces animaux fantastiques constituent des bestiaires cohérents. Ce sont les mythes, les légendes et les contes, ces récits narratifs écrits et oraux, qui définissent leurs caractéristiques, décrivent leurs physiques et racontent leurs histoires.  Certaines de ces bêtes, qui menacent de détruire la civilisation, sont craintes par l’homme. Elles reflètent la face sauvage de la nature qu’il cherche à maîtriser.

Parmi ces créatures fabuleuses, il convient de distinguer les monstres effrayants, qui se référent peu à des animaux existants, et les hybrides. Les hybrides animaliers fusionnent plusieurs animaux. Ils empreintent des fragments anatomiques (bec, aile, griffe, patte, queue, corne ) afin de donner naissance à un animal irréel mais harmonieux. Les hybrides humains mêlent une partie humaine et une partie animale. Aquatiques, terrestres ou célestes, ils relèvent la part de bestialité demeurée cachée au plus profond de l’humain.

Le dragon

Monstre fantastique et légendaire, le dragon fascine et effraye par sa puissance destructrice. Son hybridation présente des variantes: généralement un corps et une queue de serpent avec des pattes et des ailes. L’animal se déplace dans les éléments céleste, terrestre et aquatique. Créature magique, il crache aussi du feu. Ses ailes ressemblent à celles de chauve-souris, animal nocturne notoirement déteste. Serait-il en réalité une lointaine réminiscence du dinosaure?

En occident, dans le contexte chrétien, il est diabolisé. Saint Georges et sainte Marguerite, par la force de leur foi, terrassent ce symbole du mal.

En Extrême-Orient, le dragon vénéré apparaît inversement comme bienveillant. Parfois doté de griffes, de cornes et d’épines dorsales, il orne les objets du quotidien en Chine et les armes des guerriers au Japon.

L’animal artistique

Les représentations animalières sont intimement liées à la naissance de l’art comme le montrent les décors des grottes préhistoriques de Lascaux et Chauvet. Au fil des siècles, dans les civilisations orientales et occidentales, l’animal est omniprésent. ils se retrouvent même constitutivement dans de nombreux objets d’art réalisés à base de matière d’origine animale. Une grande table confronte ces matières brutes avec des objets confectionnés à partir d’elles; la corne, l’écaille, la nacre, le vélin et le parchemin, l’ivoire et l’os.

Au-delà de cette présence concrète, parfois complètement transformée, les animaux sont figures visuellement et plastiquement sous différentes formes. Des détails physiques et naturels ( aile de papillon, oeil de paon) deviennent des motifs décoratifs; des silhouettes stylisées constituent des ornements répétés à l’infini; des objets zoomorphes créent l’illusion de la réalité. La richesse du fonds beaux arts permet, quand à elle, de retracer les principales étapes de l’art animalier en Europe depuis les prémices de la peintures flamande du 17ème siècle jusqu’à la modernité du sculpteur Pompon.

Les oiseaux

les oiseaux évoquent l’univers aérien. De la basse-cour aux cages d’agrément, volant dans les airs ou marchant sur terre, les volatiles sont souvent figurés en groupe. Dans l’art décoratif et la tapisserie, l’attention se porte sur leurs becs et leurs ailes déployées. Parmi le régné animal, les oiseaux sollicitent singulièrement les sens: la vue avec les couleurs chamarrées de leurs plumages, l’ouïe avec leur chant mélodieux. Des espèces ressortent, surtout celles associées à la divination, l’observation des oiseaux présageant autrefois de l’avenir. La chouette d’Athéna représente la sagesse mais le corbeau noir est de mauvais augure. Sous la république romaine, les oies sont perçues comme intelligentes et vigilantes. Grace à leurs cris, celles du Capitole sauvent d’un saccage les temples qu’elles gardent.

Plus d’informations

Lieu: Musée des beaux arts d’Angers

Date: Exposition jusqu’au 26 août 2018

Site: http://musees.angers.fr